Grandville. Les Métamorphoses du jour. Paris, Bulla, Martinet, (1828-29), estimation 2-3.000 euros, lot 150, vente Régine Deforges chez Pierre Bergé & Associés, les 10 et 11 février 2015 à Paris, www.pba-auctions.com

Ce célèbre album de J.J. Grandville (1803-1847), l’un des caricaturistes français les plus fameux de l’époque romantique, est composé de 73 planches lithographiées et aquarellées à l’époque en premier tirage (sauf pour 9 d’entre elles qui sont en second tirage). Il fait partie de la bibliothèque de la romancière à succès (La Bicyclette bleue) et éditrice sulfureuse, Régine Deforges (1935-2014). Suite à son décès, sa collection – comprenant aussi bien des livres que des tableaux, des céramiques et des ouvrages de « dame » au point de croix – sera mise aux enchères par Bergé ces 10 et 11 février 2015. Ouvrages anciens et modernes se retrouvent côte à côte dans cette vente où la littérature libertine voisine avec les pamphlets anticléricaux, les livres illustrés, clandestins, féministes, érotiques mais aussi des grands classiques, des trésors de reliures (dont certaines dues à Régine Deforges), des autographes, des manuscrits, des dessins et quantité de broderies d’hier et d’aujourd’hui. Dans cet univers, il n’est pas étonnant de rencontrer les créatures hybrides de Grandville, mi-hommes, mi-animaux, qui peuplent Les Métamorphoses du jour. Cet album phare de la période romantique, qui est considéré comme un chef-d’œuvre des recueils d’animaux anthropomorphes, constitue le premier grand succès de Grandville. Comme l’écrit Clive F. Getty, « elles annoncent trois aspects majeurs de son œuvre : la fantaisie, la satire morale et la caricature politique (…) Grandville a greffé des têtes d’animaux sur des corps humains avec tant d’habileté que ces êtres monstrueux semblent véritablement vivants. Ce don exceptionnel de représenter l’invraisemblable comme une vérité absolue marque toute son œuvre fantaisiste (…) C’est un phénomène qui a frappé ses contemporains et qui nous surprend toujours, faisant de Grandville un des maîtres de l’imaginaire, précurseur d’Odilon Redon et des surréalistes ». La planche reproduite ici intitulée La Famille de Scarabées a été publiée par Borella à Bruxelles en 1830 et fut censurée. Elle illustre parfaitement l’esprit de ce dessinateur hors pair, doué d’un sens aigu de l’observation et de la satire. La scène qui montre un cortège de scarabées est en fait une charge anticléricale puisqu’à bien y regarder, ces insectes portent de riches habits ecclésiastiques et ne sont autres que des Jésuites…

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