Le long de la Lys, voisin de Laethem-Saint-Martin, le petit hameau de Deurle accueille une belle bâtisse de 1967, construite par un couple de collectionneurs, Jules et Irma Dhondt-Dhaenens, pour y abriter leur collection d’œuvres d’artistes locaux, la rendre accessible au public mais aussi pour y organiser des activités culturelles.

Cette région et les abords de la Lys sont pleins de charme. À Laethem-Saint-Martin, se sont rassemblés à partir de la fin du XIXè des groupes d’artistes sur plusieurs générations, formant se qu’on appelle aujourd’hui l’Ecole de Laethem-Saint-Martin. A partir de 1895, une première génération d’artistes, dont le dessinateur et sculpteur George Minne, ainsi que les peintres Emile Claus, Valerius De Saedeleer, Gustave van de Woestijne et Julius De Praetere. Ils se rassemblent autour de la personnalité de Albijn Binus Van den Abeele, peintre tardif et bourgmestre puis secrétaire communal de Laethem-Saint-Martin, qui leur offre des facilités de logement. Fuyant la ville et les troubles sociaux, ils sont attirés par la beauté de la région et désireux de se reconnecter à la nature.

Une deuxième génération fréquente Laethem, au début du XXè, formée de Frits van den Berghe, Gustaaf de Smet et Léon de Smet, Constant Permeke et Albert Servaes, tous élèves à l’Académie de Gand. Ainsi que Maurice Sys et Théo van Rysselberghe. Avant la Première Guerre mondiale, ils vont créer des œuvres marquées par l’impressionnisme. À la suite de ces précurseurs de l’expressionnisme, un certain nombre d’artistes continueront à travailler en marge des courants dominants et sont désignés comme la troisième école de Laethem : Hubert Malfait, Albert Saverys, Jozef De Coene…

Vers 1965, des artistes néo ou post-expressionistes – une quatrième génération d’artistes – s’installent à Laethem-Saint-Martin pour perpétuer la légende : Antoon Catrie, Vic Dooms, Fons Roggeman, Maurice Schelck, Lea Vanderstraeten …

Le musée Dhondt-Dhaenens a été fondé à l’initiative du couple Jules et Irma Dhondt-Dhaenens. En 1967, ils chargèrent l’architecte Erik Van Biervliet de construire un bâtiment moderne à proximité de leur maison. Ce musée devait à la fois abriter leur collection privée et offrir un lieu permettant l’organisation de diverses activités culturelles et artistiques. La volonté du couple était d’émanciper la population flamande au travers d’instruments culturels. Jules Dhondt est resté longtemps l’un des mécènes les plus fidèles du Mouvement flamand, sans jamais se prononcer sur le plan politique. Il fut aussi l’un des fondateurs de la Handelsbank, la première banque flamande. Jules Dhondt espérait, grâce à l’ouverture du musée, enrichir la culture du peuple flamand.

Le vent tourne en 2005

Le musée Dhondt-Dhaenens ouvrit officiellement ses portes le 30 novembre 1968. Au fil des ans, il perdit un peu de son souffle. Mais depuis 2005, avec l’entrée en fonction de Joost Declercq comme directeur, le musée a adopté une approche neuve : il est à la fois un musée d’art moderne du XXè siècle et un centre d’art. Ce centre d’art, très actif, est aujourd’hui bien connu des aficionados de l’art actuel, puisqu’il présente une programmation extrêmement pointue, donnant la parole à des artistes jeunes ou émergents. La Tuinfeest, qui a lieu à la fin de l’été et fait courir collectionneurs, curateurs et galeristes, est l’occasion d’une vente aux enchères de soutien au musée d’œuvres offertes par galeries et artistes.

Les artistes invités développent principalement des projets d’exposition individuels. Un dialogue long et riche s’entame alors avec le musée, qui se veut partenaire privilégié. Ainsi, le musée n’est plus seulement un endroit pour exposer un bel objet, il offre avant tout un espace mental ouvert au dialogue, à la réflexion, à l’expérimentation et à la création. Ces projets sont souvent des moments charnières dans la carrière de l’artiste. Des projets radicaux ont provoqué de violentes réactions des visiteurs. D’autres, prestigieux, ont aussi vu le jour avec, notamment, des artistes comme Santiago Sierra, Gregor Schneider, Robert Kusmirowski, Thomas Zipp et Thomas Hirschhorn.

Plusieurs expositions ont été organisées autour de collections privées, pour mettre en avant le regard et le rôle de plus en plus important des collectionneurs dans le paysage de l’art contemporain. Le musée a ainsi présenté la collection Roger et Hilda Matthys-Colle en 2007, la collection Wilfier et Yannicke Cooreman en 2009 et la collection de Tiny Herbert en 2011. L’accès public à ces collections permet par ailleurs de se pencher sur la relation entre le secteur public et le secteur privé et aide à trouver de nouvelles formes de modèles de collaboration et de contrats de gestion. Une problématique d’actualité !

Pour encore quelques semaines, c’est un collectif d’artistes new-yorkais qui envahit les salles du musée. The Still House Group, lancée en 2007 par Isaac Brest et Alex Perweiler sous la forme d’une plateforme en ligne. Isaac Brest, Nick Darmstaedter, Louis Eisner, Jack Greer, Brendan Lynch, Dylan Lynch, Alex Perweiler, Zachary Susskind, Peter Sutherland, Augustus Thompson ont conçu un projet évolutif pour les différentes salles du musée. Un espace est consacré au projet de Zacchary Susskind : plusieurs détenus de la prison d’Andenne ont réalisé une scénographie en piochant dans la collection d’art moderne du musée, avec l’ASBL Art Without Bars, sur des émotions reliées à leur statut de prisonniers.

Interview de Tanguy Eeckhoudt, critique d’art et curateur attaché au Musée Dhondt-Dhaenens

Comment ce fait-il que le musée s’est réveillé en 2005 ?

Jusque dans les années 1990, le musée a fonctionné sur les fonds de la donation. Au début de cette décennie, ce sont de nouveaux membres du conseil d’administration qui ont fait bouger les choses. Ils ont cherché des sponsors et des subsides. Depuis 1999, le musée est soutenu en tant que musée via des subsides de la Province et en tant que centre d’art via des subsides du gouvernement flamand.

Parlez-nous de la programmation.

Aujourd’hui nous organisons trois ou quatre expositions par an. Il y a toujours un projet important d’un artiste actuel qui travaille in situ, comme par exemple, Santiago Sierra (Espagne, 1966), qui fit enlever les vitres du bâtiment, pour le transformer en une ruine moderne. Les feuilles mortes y entraient. Cette installation fit scandale auprès des visiteurs occasionnels et des habitants. 

Thomas Hirschhorn (Suisse, 1957), a, en 2010, rempli le musée de canettes vides, sur 3 m de haut dans tout le rez-de-chaussée, réalisant un paysage apocalyptique. Avec son installation baptisée To To Much Much, il prenait une position forte sur le gaspillage dans notre société de consommation. La deuxième exposition de l’année est plus classique puisqu’elle présente un artiste de la collection du musée. Nous présentons aussi une collection privée. En 2015, ce sera la collection Proximus.

On parle beaucoup de l’absence de musée d’art contemporain à Bruxelles. Quel serait pour vous le musée d’art contemporain idéal ?

Le musée idéal n’est pas que d’art contemporain. Beaucoup de musées d’art contemporain deviennent plus ennuyeux que les musées d’art ancien. Un musée n’est pas un défilé de trophées. Il faut un point de vue authentique, qui fait la différence. Les expositions sont des visions sur le monde d’aujourd’hui. La base, ce sont les collections. Au S.M.A.K., ils ont des collections formidables, au M HKA aussi. C’est de là qu’il faut partir. Le Wiels est exceptionnel. A Bozar, ils font des expositions transversales. Tout est là ! Il s’agit plutôt à mon avis de réfléchir et de travailler sur ce qu’on a dans les collections. 

Que pensez vous de la multiplication des fondations privées ?

Je pense qu’il faut songer à faire collaborer de plus en plus les fondations privées et les musées. Ces fondations disent peu sur la société, sur le monde de l’art. Il manque un outil transversal pour rassembler les initiatives. A la Fondation Vuitton, les salles sont des boîtes blanches remplies de plusieurs Richter, Schutte, … exposés comme des trophées. Ca n’a aucun interêt. En Belgique, nous manquons d’un outil transversal pour rassembler les initiatives.

 

Musée Dhondt-Dhaenens
14 museumlaan
9831 Deurle
Du mardi au dimanche, 10h à 17h
http://www.museumdd.be

 

Musée Dhondt-Dhaenens, (c) photo Kristien Daem

Musée Dhondt-Dhaenens, (c) photo Kristien Daem

Santiago Sierra, Musée Dhondt-Dhaenens

Santiago Sierra, Musée Dhondt-Dhaenens

Still House, 2014-2015, Musée Dhondt-Dhaenens

Still House, 2014-2015, Musée Dhondt-Dhaenens

Still house,  Zacchary Susskind, Musée Dhondt-Dhaenens

Still house, Zacchary Susskind, Musée Dhondt-Dhaenens

 

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