Les diverses formes de mécénat se rencontrent parfois. C’est le cas à Dunkerque au LAAC, un musée constitué par des donations d’entreprises en dialogue avec la collection d’une grande banque parisienne, la Société Générale.

Le LAAC est né à l’initiative d’un ingénieur, amateur d’art, Gilbert Delaine. Il a incité les industriels des années 1960 à investir dans une œuvre contemporaine et à la mettre à la disposition du musée qui était encore à construire au milieu de grands chantiers dans le port de Dunkerque. L’architecture fait écho aux immenses grues portuaires, disparues aujourd’hui. Le musée a survécu à cette crise. Il est confronté au délicat problème des musées d’art contemporain. Les prix montent et les modes changent. Aude Cordonnier, directrice des musées (LAAC et MBA) de Dunkerque, a opté pour une présentation permanente d’une partie de la collection (50 œuvres) à dimension historique et la confronte avec des expositions. Le LAAC se situe à quelques pas du FRAC Nord Pas-de-Calais (une initiative départementale), difficile à battre sur le terrain de l’art contemporain. Mais la date de péremption est toujours plus proche que l’on ne pense. Dans quel siècle a-t-on lancé l’idée qu’on n’arrêtait pas le progrès ?

Gilbert Delaine proposait aux artistes de donner une œuvre au musée, à l’occasion d’un achat par ce musée en devenir. Il a réussi au-delà de toute attente avec Karel Appel, dont l’aspect généreux dans ce domaine était inconnu. On a acquis une œuvre sur papier, pas fondamentale. Mais Appel a été séduit par l’homme et par l’aspect brut de l’architecture et du lieu. Le résultat : une salle entière remplie de sculptures dont l’ensemble Circus, souvent des pièces uniques, et à l’étage supérieur, la série complète des lithos sur le même thème. Notons que les héritiers de Dewasne, un artiste inspiré par le monde industriel, ont laissé plusieurs œuvres au LAAC, dont des carrosseries de voiture peintes.

La collection de la Sociéte Générale a été constituée tout autrement. Elle était destinée à embellir les locaux de la banque dans plusieurs bâtiments à Paris, dont l’Arche de la Défense. C’est un classique. Elle devait aussi refléter l’activité internationale de l’entreprise. Il est tout à fait remarquable en revanche que l’acquisition d’une œuvre soit accompagnée, voire initiée, par des collaborateurs dans les régions concernées. Ce dialogue avec le personnel est, bien naturellement, le souhait de beaucoup d’entreprises qui collectionnent. Mais il est rarement présent dès le début de la démarche.

Les œuvres photographiques sont spectaculaires. Elles vous déplacent en Orient, en Chine, en Inde et de l’autre côté de la Méditerranée. Un mélange de destruction, d’angoisse, de peine, de lumière et de poésie. Que pourrait-on reprocher à la somptueuse photo de Jalal Sepher, Water and Persian Rugs ? Ces tapis persans seraient-ils contestataires ? Qu’en pense le régime iranien ? Il n’y a rien à dire, n’est-ce pas, à propos d’un père et son fils devant la mer ? L’œuvre est pourtant très suggestive : un départ éventuel vers le rêve et la liberté ? A moins d’interdire le rêve…

Il est possible de visiter la collection de la Société Générale dans leurs bâtiments de Paris en prenant contact avec la banque. Mais la collection est aussi visible en ligne, ce qui représente un grand progrès quand on pense aux collections d’entreprises peu accessibles ou presque cachées.

20.000 lieux…
Voyage dans les collections de Société Générale et du LAAC
Dunkerque
Jusqu’au 8 mars
www.musees-dunkerque.eu
www.collectionsocietegenerale.com

 

Jalal SEPEHR, Water and Persian Rugs # 524, 2004, Courtesy Collection Société Générale © DR

Jalal SEPEHR, Water and Persian Rugs # 524, 2004, Courtesy Collection Société Générale © DR

 Nadav KANDER, Chongqing IV, Sunday Picnic, 2006 Courtesy Collection Société Générale © DR

Nadav KANDER, Chongqing IV, Sunday Picnic, 2006
Courtesy Collection Société Générale © DR

Karel APPEL Appel Circus, 1978, photo: Ville de Dunkerque

Karel APPEL Appel Circus, 1978 © Ville de Dunkerque

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