D’où vient ce langage d’entrelacs qui surgit en marge des cahiers des écoliers, qui prolifère en graffiti ou en signatures personnelles sur les murs, et qui consent parfois à se poser plus ambitieusement sur un support classique ?

De très loin. C’est celui des Celtes et même au-delà celui des nomades des steppes d’Eurasie. On le retrouve aussi chez les Indiens d’Amérique. Il ressurgit encore en marge des manuscrits des moines irlandais. Nous le portons en nous comme une mémoire inconsciente de nos sources indo-européennes, comme une nostalgie de nos origines nomades, comme une pulsion de liberté face à l’esprit sédentaire et rationnel. C’est une expression née avant l’écriture et qui ressurgit souvent lors de son apprentissage, se rebellant devant la contrainte mentale induite par la progression linéaire et disciplinée de l’écriture, car elle soumet du même coup la pensée à ses processus d’abstraction. Sans vouloir citer de nom, un vaste courant de l’art moderne y a cherché sa voie.

Raphael Kettani a 22 ans. Après de belles et sages études secondaires, il tente une école d’art. Les professeurs ont immédiatement voulu lui enseigner les conventions de l’art dit contemporain et lui proposer un exercice à la manière de. « Ce que vous me montrez est très intéressant, mais je veux désormais peindre et m’exprimer à ma manière », leur a-t-il répondu. Depuis, il travaille seul et sans relâche, et vit de son art exposant ses œuvres partout où il le peut.

Nous avons été séduit par cette volonté de ne pas se laisser assujettir et saisi par la conviction qui émane de ses œuvres elles-mêmes. Dans le même langage, toutes sont très différentes et reflètent l’esprit multilatéral d’une jeunesse qui n’est pas disposée à s’aligner, qui vibre au gré des pulsions physiques de l’instant. Dans un langage presque abstrait, rythmique, impulsif, elles expriment la vigueur des sensations et cette avidité d’exister toutes voiles dressées face au monde, sans s’en laisser conter, et en même temps en émane une formidable énergie. Mettre l’une de ces œuvres chez soi, l’emporter pour la regarder chaque jour, c’est une façon de se souvenir que nous portons chacun en nous la jeunesse du monde.

Face à l’académisme de l’art dit contemporain, à l’action de ses enseignants, de ses comités, ses jurys, commissaires, curators, conservateurs, investisseurs qui le contrôlent implacablement, il nous semble urgent d’encourager l’existence d’une sorte d’amicale libertaire. Nous exposerons donc aussi au voisinage des œuvres de Raphael Kettani celles de Piet Linnebank de trente ans son aîné. Ces deux artistes se sont immédiatement reconnus comme complices.

Raphaël Kettani – Piet Linnebank
Association du patrimoine artistique
7 rue Charles Hanssens
1000 Bruxelles
Jusqu’au 7 février 2015
Du jeudi au samedi de 14h à 18h

Raphaël Kettani, My world

Raphaël Kettani, My world

Raphaël Kettani, Outside

Raphaël Kettani, Outside

Raphaël Kettani, Il était une fois dans l'ouest

Raphaël Kettani, Il était une fois dans l’ouest

Piet Linnebank, Yelo orange blue

Piet Linnebank, Yelo orange blue

Piet Linnebank, My baby needs me

Piet Linnebank, My baby needs me

 

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