Matteo Giovannetti, Catherine d’Alexandrie et Antoine le Grand, tempera sur bois, chacun 64 x 17 cm, vendu chez Lempertz à Cologne le 15 novembre 2014, www.lempertz.com

Cologne, le 15 novembre dernier. La vente d’art ancien de Lempertz est à peine entamée que le summum est atteint par deux panneaux du Trecento italien, triplant allègrement leur estimation de 700-800.000 euros. Ce faisant, ils réalisent le prix le plus élevé pour un maître ancien sur le marché de l’art en Allemagne pour l’année écoulée. Ce résultat remarquable s’assortit d’une histoire aussi captivante qu’exceptionnelle. Ces panneaux dus à un certain Matteo Giovannetti montrent les figures de Sainte Catherine d’Alexandrie et d’Antoine le Grand (ou Antoine d’Egypte) sur un fond or finement ouvragé. Leur apparition sur le marché international est tout à fait impromptue – leur trace ayant disparu depuis un siècle environ – et capitale pour l’histoire de l’art. Les œuvres de ce peintre originaire du Latium (né à Viterbe vers 1300) qui fit la majorité de sa carrière à Avignon, sont particulièrement rares. Peu d’entre elles sont arrivées jusqu’à nous à l’exception de quelques retables et fresques dans des chapelles ou palais, comme celles de la chapelle Saint Martial à Avignon (1344-1346). En 1343, l’artiste est nommé peintre de la Cour des Papes à Avignon, succédant très probablement à l’artiste siennois Simone Martini (1284-1344). Le style élégant de ce dernier influença manifestement celui de son cadet, fin observateur de la figure humaine, de ses gestes et attributs. Il suffit de s’attacher aux détails du rendu des matières, des traits et des attitudes des personnages pour s’en rendre compte (délicatesse du voile et aplomb du manteau rouge de Sainte Catherine représentée en jeune princesse tandis que Saint Antoine est peint comme un vieil ermite arborant une canne et une longue barbe grise). Ces deux peintures dont la fonction était inconnue jusqu’à peu sont en réalité les panneaux extérieurs du retable Manin (du nom du donateur) aujourd’hui démantibulé, mais dans de prestigieuses collections (les musées du Louvre et Correr ainsi qu’une collection privée parisienne). A l’origine, l’œuvre se composait d’une Vierge à l’Enfant flanquée de saints Hermagoras et Fortunatus, surmontés des deux panneaux de l’Annonciation. Les deux panneaux manquants sont ceux que Lempertz a dénichés dans la famille du peintre allemand von Lenbach qui les aurait lui-même acquis de la collection du Comte Cernazai d’Udine. Un pedigree prestigieux pour cette portion d’un retable exceptionnel dont l’histoire a été retrouvée grâce à des analyses pointues et des comparaisons stylistiques. Celles-ci ont dévoilé la paternité unique de ces œuvres éparpillées mais qui forment un tout d’une modernité étonnante pour l’époque, au point que certains n’hésitent pas à voir en Giovannetti l’un des peintres les plus originaux de son temps.

Saint Antoine le Grand, Matteo Giovannetti, Lempertz

Saint Antoine le Grand, Matteo Giovannetti, Lempertz

Sainte Catherine d’Alexandrie, Matteo Giovannetti, Lempertz

Sainte Catherine d’Alexandrie, Matteo Giovannetti, Lempertz

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