Le musée Pompidou consacre une rétrospective à Jeff Koons, l’artiste contemporain le plus coté actuellement. Une centaine d’œuvres sont à voir dans le magnifique espace qui leur est dédié.

Super (business) man, Jeff Koons semble irréel tant son sourire est lisse, comme ses œuvres, figées dans l’acier ou le granit. Cette perfection inoxydable faite d’idoles, oscillant entre paradis et célébration, est à l’image de leur concepteur : imperméable à la critique, qui coule sur elle telle l’eau sur les plume de Donald Duck. A une époque où la critique est érigée en juge suprême, où si l’on ne pose pas de jugement, on n’existe pas, l’œuvre de Koons veut se rendre non critiquable. Son art est sans aspérité, perfection extrême, et pourtant source d’angoisses et de questionnement dans une société de super consommation, d’images, de stars éphémères, où tout est nivelé, gommé, glorification de la pensée unique et consensuelle.
Warhol, Dali, Duchamp…

Dernier prince du Pop Art, employant plus de cent personnes, Jeff Koons est souvent comparé à Warhol, mais leurs idées sont différentes. Là où les œuvres de son prédécesseur étaient pétries de sarcasme « Si vous voulez tout savoir sur moi, vous n’avez qu’à regarder la surface de mes oeuvres. Il n’y a rien en-dessous », déclarait Warhol, les sculptures de Koons sont, selon leur auteur, « une vue panoramique de la société ». Que nous racontent-elles aujourd’hui ? Que nous glorifions des mirages ? Que nous nous prosternons devant le veau d’or, référence à son Michael Jackson and Bubbles en porcelaine dorée ? Que nous aseptisons tout ce qui nous rappelle le temps qui passe, inexorablement. Tout cela ne serait-il que du vent ? Les Inflatables, super héros ou homard géant en hommage au Téléphone-Homard de Dali, confirment un héritage de Duchamp. Ses photos (conçues dans les années 1990, décennie où sexe était associé à maladie), le mettant en scène avec la Cicciolina, qu’il épousa ensuite, veulent nous décomplexer face au désir sexuel. Marqué par le tableau de Masaccio représentant Adam et Eve chassés du paradis et couvrant leur nudité dans un geste de honte, Koons sublime la nudité, symbole de pureté, privilège des dieux par rapport aux hommes, coupables et contraints de se vêtir. Les œuvres des dernières années s’inspirent de l’Antiquité : perfection des proportions, figures si connues que notre cerveau ne parvient plus à y distinguer les subtilités. Koons y ajoute une sphère bleue en verre de Murano, dans lequel le monde se reflète.

Banality et rareté

Elevé en Pennsylvanie auprès d’un père décorateur, entouré d’objets impersonnels, Jeff Koons exerça ses qualités de dessinateur en copiant des maîtres anciens. Il exécuta des tableaux inspirés de ses rêves (Jung) et du surréalisme jusqu’à sa rencontre avec Dali à 18 ans (en 1973), qui fut déterminante dans sa manière de concevoir l’art. Il connut Duchamp à travers son professeur d’art et commença à utiliser des objets du quotidien. Il réalise ses premiers ready-made, des aspirateurs Hoover, expose à New York dans la galerie de Illeana Sonnabend, et commence à travailler sur son image. Selon lui, pour être artiste, il ne s’agit pas de réaliser un travail physique, à la Pollock, mais de concevoir une idée et de la réaliser ensuite avec les meilleures techniques possible. Un atelier en Allemagne produit les sculptures en acier, un autre en Bavière celles en bois, celui de Pennsylvanie travaille le granit et il confie ses Gazing Ball bleues à des artisans de Murano. Rien n’est laissé au hasard et tout doit rester rare. Son atelier « rubensien » ne produit pas plus de trente œuvres par an, que les collectionneurs s’arrachent. Depuis l’entrée dans le XXIe siècle, les prix n’ont cessé de monter : Michael Jackson and Bubbles, 2,1 millions de dollars en 2001, Popeye, 28 millions de dollars (Sotheby’s), Tulip, 33,7 millions de dollars, Balloon Dog Orange, 58 millions de dollars (Christie’s) en 2013… Et Koons obtient ce qu’il veut : la critique fut unanime suite à la rétrospective au Withney Museum of American Art NY. Observer le célèbre Balloon Dog, c’est y voir un produit de consommation typiquement américain, c’est y voir le vide, la vacuité. Mais à y regarder de plus près, c’est aussi se voir soi-même, réfléchi par l’acier, miroir de nous, de notre civilisation, de notre inanité. A l’instar des vanités du XVIIe, les œuvres de Koons invitent aussi à une remise en question sur la valeur de la vie et sur notre propre jugement, auxquels les sculptures de granit et d’acier survivront…

Jeff Koons, la rétrospective
Centre Pompidou, galerie 1, niveau 6
Paris
Jusqu’au 27 avril 2015
www.centrepompidou.fr

www.thalys.com

Gazing Ball (Ariadne), 2013, épreuve d'artiste © Jeff Koons - Photo Aurore t'Kint

Gazing Ball (Ariadne), 2013, épreuve d’artiste © Jeff Koons – Photo Aurore t’Kint

Lobster, 2003, aluminium polychrome et chaîne en acier verni, épreuve d'artiste Gazing Ball (Ariadne), 2013, épreuve d'artiste © Jeff Koons

Lobster, 2003, aluminium polychrome et chaîne en acier verni, épreuve d’artiste Gazing Ball (Ariadne), 2013, épreuve d’artiste © Jeff Koons

Self-Portrait, 1991, Made in Heaven, marbre, épreuve d'artiste Lobster © Jeff Koons - Photo Aurore t'Kint

Self-Portrait, 1991, Made in Heaven, marbre, épreuve d’artiste Lobster © Jeff Koons

Michael Jackson and Bubbles, 1988, Porcelaine. Collection Particulière. © Jeff Koons - Photo Aurore t'Kint

Michael Jackson and Bubbles, 1988, Porcelaine. Collection Particulière. © Jeff Koons

Rabbit, 1986, Statuary, acier inoxydable, © Chicago Museum of Contemporary Art - Photo Aurore t'Kint

Rabbit, 1986, Statuary, acier inoxydable, © Chicago Museum of Contemporary Art

Hoover Celebrity © Jeff Koons - photo Aurore t'Kint

Hoover Celebrity © Jeff Koons – photo Aurore t’Kint

 

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