C’est la première exposition à caractère rétrospectif d’Emilio López-Menchero qu’on peut aujourd’hui découvrir à la Centrale for Contemporary Art. Dès l’annonce de cette collaboration, l’artiste bruxellois, architecte de formation, commença par mesurer l’espace de La Centrale pour se l’approprier, produisit ensuite une maquette et y plaça des œuvres au format timbre-poste. Cette maquette fut la base des discussions avec la commissaire de l’exposition, Carine Fol.

Créateur multiple, Emilio López-Menchero est architecte, peintre, photographe, performeur. Il a installé des objets signifiants dans la ville telle Pasionaria, un porte-voix dressé sur une petite estrade, au début de l’avenue de Stalingrad près de la gare du Midi. Il a réalisé des performances dans la cité, comme Checkpoint Charlie (2010), qui marquait le passage entre deux zones du canal, entre Dansaert, ses commerces branchés et le quartier populaire de la chaussée de Gand.

Son installation intitulée BXL aux Brigittines transforma la chapelle désacralisée par la projection de photos d’ouvriers à l’ouvrage sur le chantier du Parlement européen à Bruxelles. Certaines attitudes d’ouvriers évoquaient étrangement celles de la Passion du Christ, en une subtile sacralisation du travail.

Quelques œuvres

En 1999, l’artiste se filme à Venise (Vucumpra) durant la Biennale, tentant de vendre à la sauvette des petites représentations de l’Atomium. Transportant et présentant ces babioles comme le font les Africains qui tentent de vendre des sacs à main, il met en lumière le côté dérisoire et fragile de cette source de revenus mais aussi celui des monuments nationaux comme cet Atomium. Après deux ou trois jours à déambuler dans la ville, il est finalement invité par Laurent Jacobs, alors curateur du Pavillon belge, à entrer dans la zone de la Biennale, les Jardini, pour faire son petit commerce. Il vendra un atomium entre autres à Jan Hoet.

Au centre de la grande salle de La Centrale, une cage, un peu sur le mode des Cells de Bourgeois, sur laquelle sont accrochés des gueulophones. Plus loin, un immense amas de coussins blancs cousus ensembles, Welcome, ressemble à un cerveau flottant.

Pour ses Trying to be, qu’on connait bien, sans complexes, cet artiste belge parvient à être soudain, par la grâce d’un regard et d’un menton bien placé (sans oublier les accessoires), un autoportrait de Ensor, un Picasso en caleçon blanc, un Balzac nu posant pour Rodin, chacun des quatre Beatles ou Frida Kahlo… Avec son visage plutôt rond, il arrive à incarner différents personnages connus. Chacune des figures représentées et sa représentation (peinture, photo d’archives) est mythique et fait partie de notre imagerie collective. Est-ce le regard, les accessoires qui font que ces portraits Trying to be sont une réussite ? On ne sait pas. Cette mise en scène est vertigineuse. Elle suggère que chacun de nous peut être un être sublime comme Picasso ou terrible comme Dutroux. A voir une série de neuf photos où il essaie d’être Carlos, dans neuf tenues différentes : lunettes, coiffure, moustache, vêtements varient. Et pourtant on reconnait Carlos et pourtant ce n’est pas Carlos.

En 2012, il fait traverser les allées de la foire Art Brussels par une poignée d‘ouvriers portant un long tube, élément de chantier. De nouveau, il met du désinvolte, du quotidien, du commun dans un lieu qui se veut exclusif.

Les limites… de la transgression

Ce qu’aime Emilio, c’est la limite. Et la transgression de cette limite. Ainsi, il singe les postures de l’art contemporain et les remet “à leur place” dans une perspective sociétale. Sous ses airs désinvoltes, sous l’aspect “délire” de la plupart de ses propositions, il tente de se mettre à distance avec l’artiste héroïque ou star des marchés. Un ton très belge, sans prétention, qui ne doit pas masquer l’intensité du processus créatif.

« Je fais une performance photographique, comme l’a fait avant moi Cindy Sherman ou comme le fait John Malkovich », explique l’artiste à propos de sa série Trying to be. « L’idée d’incarner quelqu’un d’autre pour moi, c’est l’idée de se protéger, mais aussi de poser la question, qui suis-je ? Dali, qui s’était constitué un personnage fort, était prisonnier de celui-ci. »

« L’art c’est une quête de soi-même », poursuit-il. « L’art crée une fonction : je suis celui qui a envie de créer. Et pourtant, il n’y a pas de tabula rasa dans l’histoire de l’art. Tout a été fait depuis Marcel Duchamp. Les gestes iconoclastes sont dans l’air du temps. »

Pourtant l’ensemble de l’exposition manque de force et de surprises. On aurait aimé dépasser le jeu, l’instant du retournement de sens, la manipulation. Et être emporté par l’émotion. Les peintures semblent arrivées de nulle part. On ne fera aucun commentaire sur celles-ci. Les deux grandes installations sont intéressantes. On retiendra toutes les photos Trying to be et les vidéos dont celle faite à Venise en 1999.

Emilio López-Menchero a invité Esther Ferrer, artiste espagnole pionnière de l’art performatif depuis les années 1970, qui incruste une grande installation au cœur de l’exposition d’Emilio.

Emilio López-Menchero et Esther Ferrer
Centrale for Contemporary Art
44 place Sainte-Catherine
1000 Bruxelles
Jusqu’au 29 mars 2015
Du mercredi au dimanche de 10h30 à 18h
http://www.centrale-art.be/


Emilio Lopez-Menchero, Vucumpra, 1999

Emilio Lopez-Menchero, Vucumpra, 1999

Emilio Lopez-Menchero, Trying to be Picasso, 2000

Emilio Lopez-Menchero, Trying to be Picasso, 2000

Emilio Lopez-Menchero, Trying to be Fernand Léger

Emilio Lopez-Menchero, Trying to be Fernand Léger

Emilio Lopez-Menchero, Torero Torpedo

Emilio Lopez-Menchero, Torero Torpedo

Emilio Lopez-Menchero, Pater the King, 2012

Emilio Lopez-Menchero, Pater the King, 2012

Emilio Lopez-Menchero, Check Point Charlie, 2010

Emilio Lopez-Menchero, Check Point Charlie, 2010

 

 

 

 

 

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