Bienvenue dans l’univers à la fois joyeux, vif, coloré et tragique de Niki de Saint Phalle. Il reste quelques semaines pour aller découvrir la somptueuse rétrospective de cette artiste française au Grand Palais, à Paris. D’abord mannequin puis mère de famille, elle devient artiste à la suite d’une dépression. S’inspirant de plusieurs courants – art brut, art outsider, etc. – elle commence à peindre en 1952. En 1961, elle est membre du groupe des Nouveaux réalistes, tout comme Gérard Deschamps, César, Mimmo Rotella, Christo et Yves Klein. Elle se marie en secondes noces avec l’artiste Jean Tinguely en 1971. Avec lui, elle va réaliser un grand nombre de sculptures-architectures, soit sur commande, soit pour le simple plaisir. Ensemble ils ont réalisé à Paris la fontaine Stravinsky, à côté du Pompidou. Son Jardin des Tarots, près de Rome, reste son oeuvre magistrale qui rassemble et confirme toutes ses recherches.

Au fil de l’exposition, construite pour illustrer le perpétuel mouvement que l’artiste effectuera entre pôle positif, lumineux, joyeux et pôle négatif destructeur, sombre, on en découvre des facettes inconnues. Au premier niveau, l’artiste est présentée via une longue biographie, quelques films dont un dans lequel elle est interviewée par un journaliste qui lui demande si étendre des pièces de tissu encollé sur une structure de fils de métal lui rappelle son rôle de femme (censée étendre le linge !). On est dans les années 1960 et cette jeune femme née dans une famille aristocratique, ravissante, intrigue les journalistes. Dans les premières salles, voici une Grande mariée dont la silhouette blanche est constituée de nombreux objets trouvés : poupées en plastique, objets divers… Ou Cheval et la Mariée. Ces grands personnages faits de laine, grillage, objets divers sont les prémices de ses grandes nanas.

Vient ensuite l’époque des grandes nanas. « La féminité dans notre monde est écrasée. Ce sont seulement les qualités masculines qui sont admirées », explique-t-elle durant une interview. « Je crée des immenses nanas à cause de mon désir de voir les hommes plus petits. Elles ont des toutes petites têtes parce que je veux montrer les vertus du non-mental : l’émotion, l’amour, la sexualité. Notre esprit scientifique nous dévore. » Ces immenses nanas sont le manifeste d’un monde nouveau dans lequel la femme détiendrait le pouvoir. Elles sont donc bien plus que joyeuses et colorées. Ce sont des déesses puissantes et fortes. Dans une grande salle, de grandes nanas dansantes côtoient les sérigraphies qui furent produites pour financer le Jardin des Tarots sur lequel elle travailla durant presque 20 ans. En 1966, pour le Moderm Museum de Stockholm, Niki de Saint Phalle réalise Hon, une énorme nana dans laquelle le public peut entrer via son sexe. Démontée à la fin de l’exposition, il n’en reste que des photos.

Toute une vie

Née en 1930, la jeune Niki de Saint Phalle fait une crise nerveuse en 1953, qui sera traitée par des électrochocs. Elle se met alors à l’art, dont elle reconnait directement le caractère thérapeutique. Autodidacte, elle alternera toute sa vie les images de violence et de chaos avec celles du jeu et de la joie de vivre. Elle dit: « Peindre calmait le chaos qui habitait mon âme. C’était une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail. »

A partir de 1972, elle représente d’autres grandes déesses, moins positives. « Nous connaissons tous dans notre vie la bonne et la mauvaise mère. J’avais déjà représenté la bonne mère, avec les nanas, je me consacre désormais à son antithèse, à cette mère qu’on n’aime ne pas être », raconte-t-elle alors. Voici La Promenade du dimanche, où la femme est géante et l’homme petit et chétif, ou La Toilette, avec une femme immense et terrible.

Niki de Saint Phalle a parlé du drame de l’inceste que son père lui a fait subir, dans un livre édité en 1994 (Mon secret, Editions de la Différence), sous la forme d’une lettre manuscrite et illustrée adressée à sa fille Laura. Elle y dit comment cet événement a joué un rôle déterminant dans sa vie.

L’exposition se termine avec les différentes maquettes du projet du Jardin des Tarots, jardin sur lequel de nombreux jeunes artistes vinrent travailler. On retrouve leurs noms sur un des piliers d’une des constructions. Dont plusieurs temples et totems, ou La tempérance, Tree of Liberty, La Main du magicien et l’immense Impératrice en mosaïques de miroir, qui lui servait de logement. « L’impératrice est la grande déesse, elle est la reine du ciel, la Mère, la putain, l’émotion, le sacre magique et la civilisation. L’impératrice, je l’ai faite dans la forme d’un sphinx. J’ai vécu pendant des années dans cette mère protectrice. Elle m’a servie comme centre pour mes rencontres avec l’équipe. C’est ici que nous buvions notre thé et café. Elle exerce sur tous une attraction. Fatale ! »

Niki de Saint Phalle
Grand Palais
Paris
Jusqu’au 2 février 2015

Du samedi 31 janvier 10h au dimanche 1er février 20h, l’exposition sera ouverte non-stop, soit 34 heures d’ouverture. Les préventes seront disponibles dès le 19 décembre 2014 sur www.grandpalais.fr

www.thalys.com

http://www.giardinodeitarocchi.it/

https://www.pinterest.com/SpitsyPatsy/il-giardino-del-tarocchi/

 

Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely à l’atelier -photo Harry Schunk, 1963 © 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved

Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely à l’atelier -photo Harry Schunk, 1963 © 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved

Niki de Saint Phalle en train de viser © Peter Whitehead

Niki de Saint Phalle en train de viser © Peter Whitehead

La Mort du Patriarche, 1972 - © 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved / Photo : Laurent Condominas

La Mort du Patriarche, 1972 – © 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved / Photo : Laurent Condominas

 

Grand Tir – Séance galerie J - 1961 - © 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved / Photo : Laurent Condominas

Grand Tir – Séance galerie J – 1961 – © 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved / Photo : Laurent Condominas

 

Could We Have Loved?, 1968 © 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved

Could We Have Loved?, 1968 © 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved

 

Cheval et la Mariée, 1964 © BPK, Berlin, dist. Rmn-Grand Palais / Michael Herling / Aline Gwose

Cheval et la Mariée, 1964 © BPK, Berlin, dist. Rmn-Grand Palais / Michael Herling / Aline Gwose

 

Les Trois Grâces, 1995-2003 © 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved / Photo : Philippe Cousin

Les Trois Grâces, 1995-2003 © 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved / Photo : Philippe

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