Au-dessus de quelques branches enneigées, le ciel a pris une teinte dorée. De petits nuages y flottent… Pourtant, ceci n’est pas un paravent chinois, mais l’œuvre plutôt brute de Michael DeLucia, artiste américain né à Rochester, New York, en 1978. C’est sa deuxième exposition solo à Bruxelles.

Loin de la manière des peintres asiatiques anciens, DeLucia conçoit son dessin sur ordinateur en le soumettant ensuite au traitement d’un logiciel de modelage en trois dimensions. Les formes obtenues sont imprimées sur des panneaux de bois de contreplaqué, puis gravées dans la matière à l’aide d’un bras mécanique. Ainsi, c’est en détournant des outils industriels lourds que l’artiste arrive à créer cette image délicate. Le panneau utilisé est stratifié d’une couche imitant le marbre. Cette couche satinée est arrachée de manière mécanique pour faire apparaître le bois. L’artiste ne contrôle pas ce qui sortira de la machine. De ce fait, il jette de nombreux panneaux, ne sélectionnant au final que ceux qu’il aime. Comme celui-ci, qui déploie une grande poésie, un raffinement, une belle composition en diagonale, un contraste réussi entre les différentes teintes.

Pourquoi nous arrêtons-nous devant cette œuvre, ce panneau entaillé par un bras mécanique ? Parce que l’image finale est délicate et suggère une peinture ancienne. Mais aussi parce que l’artiste tente de faire éclater les limites de la perception des matériaux : le marbre est un trompe-l’œil et, entaillé, il donne l’impression d’être un buisson recouvert de neige. Le bois, qui n’est autre qu’un « vulgaire » lamellé, prend des teintes dorées comme celles d’un ciel en fin de journée. DeLucia pousse plus loin encore ses recherches sur l’informel, interrogeant la frontière entre le matériel et le virtuel, entre l’objet physique et la forme digitale : rêve ou réalité, monde sensible ou monde inventé ? De tous ces « fils rouges » tendus au-dessus de l’œuvre, se dégage une impression de beauté intemporelle.

Michael DeLucia
La Pomme de Terre du Ciel
Galerie Nathalie Obadia
8 rue Charles Decoster
1050 Ixelles
Jusqu’au 17 Janvier 2015
www.galerie-obadia.com

 

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