Mortier à chanvre Luluwa, République Démocratique du Congo, hauteur 21,5 cm, lot 19, estimation 60-80.000 euros, vente de la collection d’Alexis Bonew le 10 décembre chez Sotheby’s à Paris – www.sothebys.com

Trente-quatre lots en tout, des pièces pour la plupart de qualité muséale, patiemment collectées par l’un des collectionneurs les plus précoces et les plus secrets qui soient, sont proposés par Sotheby’s Paris alors que ce collectionneur masqué est Belge d’origine russe. Son terrain d’action se confine autour de Bruxelles avec ses repaires que sont les musées du Cinquantenaire et le quartier du Sablon et les antres d’autres collectionneurs : les de Launoit, Hombert, Walscharts… C’est auprès de ces derniers qu’Alexis Bonew acquit ce fameux mortier, chef-d’œuvre de l’ancienne collection Lavachery. Mais comme pour chaque pièce de sa collection, l’acquisition allait prendre l’allure d’un récit épique. Comme le raconte François de Coninck dans son passionnant ouvrage(1), l’origine de la fascination d’Alexis – et de bien d’autres amateurs d’art africain – pour ce mortier bene-lulua, remonte au milieu des années 1960 alors qu’il le découvre en feuilletant Plastiek van Kongo, un ouvrage de référence de 1946 signé Frans Olberchts. Seule une gravure en noir et blanc représente cet objet mystérieux qu’Alexis mettra plus de dix ans à faire sien, tout en lui préservant l’entièreté de son secret. Il n’en diffusera jamais d’image – au grand dam de la professeur d’université Marie-Louise Bastin – et l’érigera finalement en réceptacle fantôme dans un communiqué de 1998. C’est dire combien cette pièce, convoitée par d’autres, l’envoûta et ce jusqu’à la fin de sa vie. En témoignent des centaines de pages, de croquis, d’analyses et d’interprétations de cet objet surréaliste où un étrange personnage soulève sur ses épaules la moitié inférieure de son propre corps ! Une figure impossible ou plus précisément plurielle, dont la perception varie en fonction des points de vue de l’observateur et qui oscille entre réel et imaginaire. Un stupéfiant ustensile-humain qui devrait encore en faire rêver plus d’un ! Tout comme l’ensemble de cette collection dont chaque objet rappelle les liens qui ont uni Alexis Bonew à son précédent propriétaire.

(1) François de Coninck et Nicole Bonew, Boire la beauté du monde, La vie aventureuse et secrète d’Alexis Bonew, collectionneur masqué, Editions Anima Ludens, Borgerhout, 2014. www.animaludens.be

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.