On a tous eu entre les mains un album de Gotlib. Suivant l’âge qu’on avait quand on s’est plongé dans l’univers décapant de ce dessinateur, on a éclaté de rire, rougi ou grincé des dents. Gotlib était et reste incontournable. Il a fait exploser les carcans de la BD, il a poussé les limites de l’humour, il a créé une série inoubliable de personnages, dont Pervers Pépère, Gai-Luron, Superdupont… Une exposition rétrospective, conçue par le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme de Paris et qui coïncide avec les 80 ans de l’artiste, rassemble plus de 150 planches originales, des archives photographiques, écrites et audiovisuelles. Elle est à voir aujourd’hui au Musée Juif de Belgique, à Bruxelles.

« Je suis avant tout athée mais, d’un autre côté, je suis juif et si je ne l’étais pas, je serais athée également. Tout ça est bien compliqué », expliquait Gotlib au moment de l’ouverture de l’exposition parisienne. « Disons que je suis obligé de tenir compte de cette appartenance à la judéité dans la mesure où cela a été la dégringolade du côté de ma famille pendant la guerre. Cela dit, je n’ai jamais claironné que j’étais juif. Mais je ne l’ai jamais caché non plus. » Marcel Mordechaï Gottlieb est né à Paris le 14 juillet 1934 dans une famille d’émigrés juifs hongrois. Ervin Tzvi Gottlieb, son père, était peintre en bâtiment, sa mère, Régine, travaillait comme couturière. Marcel grandit dans le 18e arrondissement. Enfant caché pour échapper à la persécution antisémite dans la France occupée – son père, déporté, est assassiné à Buchenwald en février 1945 – Gotlieb sera fortement marqué par cette expérience traumatisante. Il en fera écho dans un de ses albums, de manière très discrète.

Etonnant, n’est-ce pas, de réouvrir le Musée Juif de Bruxelles avec cet artiste à l’humour grinçant ? « Ca peut sembler audacieux, après le drame qui s’est passé au musée », explique Philippe Pierret, un des conservateurs du musée. « Gotlib a accepté et nous en sommes ravis. Il nous fallait de l’humour et quelque chose de fort. » Au fil des salles, ce sont des photos de famille, des croquis et des projets de couvertures de magazines pour les premières collaborations de Gotlib. Ainsi que des planches originales pour Pilote, Fluide Glacial… La plongée dans l’univers du dessinateur est à la fois réjouissante et émouvante. On y découvre les liens entre sa vie privée et son travail.

Entré au journal Pilote, il y crée en 1965 avec René Goscinny la série les Dingodossiers (Il y signe Gotlib, sans e). Goscinny, alors rédacteur en chef, apprécie l’humour de Gotlib, proche du magazine de BD satirique américain Mad. Après quelques albums en collaboration, il estime Gotlib mûr pour créer une série en solo : ce sera la Rubrique-à-brac, petite révolution dans le monde de la BD comique. Avec l’aide de Claire Bretécher, ils lancent ainsi en 1972 L’Écho des Savanes, où le style et les histoires de Gotlib vont énormément évoluer par rapport aux années Pilote. Le 1er avril 1975, il lance son propre journal, Fluide glacial, magazine d’Umour et Bandessinées avec son ami d’enfance Jacques Diament.

Son coup de crayon, vif et brillant, toujours à la limite du bon goût, sert des histoires absurdes, désopilantes, où l’humour noir succède à l’humour tout court. On peut parler de tout, du moment que c’est dessiné par Gotlib ! Dans la dernière salle, un réjouissant documentaire sur l’artiste et ses amis dessinateurs est à voir. L’exposition est rythmée par une série d’activités : visites guidées, apéro BD, nocturnes, rencontres d’auteurs, séances d’initiation à la BD et matinées artistiques.

Les Mondes de Gotlib
Musée Juif de Belgique
21 rue des Minimes 
1000 Bruxelles
 Jusqu’au 8 mars 2015
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
http://www.new.mjb-jmb.org/

God’s Club Planche 1, L’Echo des Savanes n°6 1er janvier 1974 - (c) Gotlib

God’s Club Planche 1, L’Echo des Savanes n°6 1er janvier 1974 – © Gotlib

La coccinelle de Gotlib - (c) Gotlib, Seven Sept, 2006

La coccinelle de Gotlib – © Gotlib, Seven Sept, 2006

Jujube et Gai-Luron (détail) Vaillant, Le Journal de Pif n°1154, 25 janvier 1967 - (c) Gotlib

Jujube et Gai-Luron (détail) Vaillant, Le Journal de Pif n°1154, 25 janvier 1967 – © Gotlib

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