Dès l’entrée, de très nombreux objets, chacun posé sur sa stèle, comme dans un musée d’art ancien. Il fait sombre. Certaines choses sont étranges. Ici, un chien dont la tête est un utérus, là, un masque effrayant, plus loin, une chaussure. A côté, un jouet, un robot, une boîte de conserve. Plusieurs vidéos. Dans la deuxième salle, un immense Felix the Cat gonflable est posé dans un coin, comme échoué, envahissant l’espace de ses rondeurs connues. Dans un long couloir noir, des silhouettes de diverses représentations de l’humain sont projetées sur les murs. Plus loin, comme un lourd totem, un immense frigo noir est présenté entouré de baffles. GreenScreenRefrigatoirAction, installation présentée en 2010 à New York, montre cet objet usuel émettant des sons.

Enchanter la matière vulgaire est la plus grande rétrospective à ce jour consacrée à Mark Leckey. Son titre est inspiré d’une lettre de Guillaume Apollinaire, dans laquelle il déclare que le réalisateur Georges Méliès et lui-même “enchantent la matière vulgaire”. Il n’y a pas de doute, c’est bien ce que Leckey fait dans son propre travail. L’enchantement est puissant. Un sortilège, plutôt. C’est toute la carrière de l’artiste qui se déploie ici sur deux étages et dans l’auditorium. On y découvre son univers néo-punk, qui n’est pas sans rappeler celui de Tony Oursler qu’on avait pu voir au MAC’s.

Fasciné depuis le début de sa carrière par les objets, matériels ou immatériels, précieux ou vulgaires, Mark Leckey se les réapproprie. Le grand truc de l’art contemporain, me diriez-vous. Oui, mais Leckey réussit ici à offrir une vision neuve, pleine d’esprit et d’humour. Au fil de ses quêtes et recherches, il collectionne et échantillonne des images digitales. Ensuite, avec l’aide de ses assistants, il a retrouvé, acheté ou emprunté les vrais objets ou référents correspondant à ces images digitales accumulées. Pour les présenter, il a construit une exposition au sein de son exposition. Formidable mise en abîme dans laquelle on peut déambuler. Ainsi, sur un même plateau, une sculpture de Louise Bourgeois recréée via une imprimante 3D cotoîe une urne funéraire égyptienne réalisée de la même manière, une boîte de nourriture pour chat, une sculpture préhistorique. Plus loin, une main articulée est placée à côté d’une tête inca et d’un reliquaire en argent en forme de main. The Universal Addressability of Dumb Things rassemble donc une invraisemblable collection d’objets hétéroclites, allant de la sculpture archéologique à l’œuvre d’art contemporain, jusqu’à des machines visionnaires, le tout prêté par nombre d’institutions, collections ou artistes amis.

Mark Leckey est né en 1964 en Angleterre. Il a reçu le prestigieux Turner Art Prize en 2008. Après ses études à la Newcastle Polytechnic de 1987 à 1990, il ne produit quasiment rien et fuit le monde de l’art durant une dizaine d’années. Ce n’est qu’en 1999 qu’il recommence à travailler et produit sa vidéo Fioriccu Made Me Hardcore. Cet hymne à la culture de la danse underground britannique, à l’intersection des arts visuels et de l’art populaire, est remarqué et devient iconique dans son travail. Dans ses œuvres suivantes, il continuera à passer au crible l’iconographie de la culture populaire, ses marques, ses produits, explorant l’attraction affective qu’ils exercent sur nous. Et les mettant en lien avec la culture avec un grand C et l’Histoire de l’art.

De très nombreuses vidéos, noyaux de l’œuvre de l’artiste, sont aussi présentées. C’est tout l’univers d’un néo-punk britannique qui joue avec une grande liberté avec les codes visuels et musicaux de son époque, qui est à voir. Délires, re-masterisation, visions transversales rafraîchissantes, humour noir ou pas, servent à donner à voir la vie (précieuse ou vulgaire) selon Leckey. Intense!

Enchanter la matière
Mark Leckey
Wiels
354 venue Van Volxem
1190 Bruxelles
Jusqu’au 11 janvier 2015
Du mercredi au dimanche de 11h à 18h
www.wiels.org

 

 

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