Entrez sans peur dans ce sombre cabinet de dessins, mis en scène par l’artiste lui-même, avec ses murs et son sol presque noirs. Le Botanique s’est métamorphosé une nouvelle fois pour faire honneur aux somptueuses aquarelles de Hans Op de Beeck. Maniant le noir et rien d’autre sur de très grandes feuilles blanches, l’artiste y déploie des paysages de villes ou de nature, des intérieurs ou des natures mortes en un ensemble d’une profonde poésie. Le blanc du papier est le seul point lumineux. Le regard est happé d’une aquarelle à l’autre, comme si on cheminait dans une forêt profonde.

Après s’être interrogé sur l’aspect actuel ou non actuel du médium, c’est la grande poésie des images qui l’emporte. Au travers de vues apparemment banales, cet artiste pluridisciplinaire offre les paysages qu’il a recomposés ou rêvés. Il a peint cet ensemble durant la nuit, dans son atelier, une fois que les machines étaient éteintes, que le téléphone avait cessé de sonner et que ses collaborateurs étaient rentrés chez eux. Ces longues sessions d’aquarelle lui ont permis de produire, entre autres, la vue d’une rive voisine sur une ville de gratte-ciel. Une mer, ses vagues, l’écume, longue de presque quatre mètres. Une forêt de sapins sous la neige dont le sentier, au centre, appelle à la randonnée. Une nature morte au livre ouvert, lampe, cigarette fumante et ordinateur allumé. Là, un ciel de nuages cotonneux, ici, quelques oiseaux. Hans Op de Beeck est un redoutable observateur et son œil est très contemporain. Chaque aquarelle est d’une tranquille beauté formelle. De l’ensemble des images se dégage un univers serein, feutré et comme mis à distance, entre rêve et réalité. On n’est pas dans l’ici et le maintenant. Tout est ailleurs et hors du temps qui court. Tout est impénétrable, presque absent et d’une beauté profonde.

L’artiste a produit avec son studio une vidéo de plus de 15 minutes, présentée au fond de l’exposition. Descendant des lanternes magiques du XIXe, ce film lent et doux semble hors du temps. Après s’être de nouveau questionné sur l’aspect contemporain du travail, nous voici embarqué avec douceur dans un univers délicat. Construit à partir de très nombreuses aquarelles, ce film rend mobiles les amoncellements de nuages que l’artiste affectionne. L’eau clapote silencieusement, les yeux d’un visage d’enfant s’ouvrent et se ferment, un bateau de déplace lentement. C’est un voyage mystérieux à la frange du rêve et du temps que propose Op de Beeck.

Né en 1969, Hans Op de Beeck vit et travaille à Bruxelles. Il a étudié les arts visuels à Sint-Lukas à Bruxelles. Son œuvre se déploie en peinture, sculpture, installation, vidéo, écriture, scénographie et composition musicale. Il expose dans le monde entier. Sea of tranquility, présentée au Centre for Media and Art Argos à Bruxelles en 2010, poursuit actuellement une tournée internationale.

Hans Op de Beeck
The Drawing Room
Botanique
236 rue Royale
1210 Bruxelles
Jusqu’au 4 janvier 2015
Du mercredi au dimanche de 12h à 20h
www.botanique.be

Hans Op de Beeck, Videostill, 2014, Night Time

Hans Op de Beeck, Videostill, 2014, Night Time

 

Hans Op de Beeck, 2014, Snow Landscape

Hans Op de Beeck, 2014, Snow Landscape

Hans Op de Beeck, 2014, Dress

Hans Op de Beeck, 2014, Dress

Hans Op de Beeck, 2014, Night time

Hans Op de Beeck, 2014, Night time

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