Claude Cortinovis est un moine. C’est ce qu’il dit de lui-même, avec un petit sourire. Il cherche à nous faire comprendre que la technique extrêmement lente qu’il a mise au point pour réaliser ses oeuvres l’oblige à se pencher sur son ouvrage un temps très important. Il dit encore que le processus du travail, sa durée, son rituel, sont des paramètres fondamentaux de son oeuvre. Voici d’immenses portraits façonnés par un quadrillage de milliers de petits carrés. Ces images à l’allure pixellisée sont réalisées avec de minuscules tampons carrés encrés posés un par un et parfois rehaussés de crayon.

Partant de photos trouvées, des portraits de jeunes filles, Claude Cortinovis (1967, Genève) va les rapporter par un processus d’une patience infinie et avec une incroyable méticulosité sur d’immenses feuilles de papier. En s’approchant de l’oeuvre, on voit bien que ce procédé manuel a laissé de nombreuses imperfections qui font le charme et la vibration de l’image. Tout près: mille petits carrés de couleur, de loin: un visage mangé par quelques espaces laissés blancs, comme des déchirures. Tout près: le travail dingue de l’artiste, de loin: une belle jeune femme qui se laisse regarder.

De ces photos trouvées par hazard au pied d’un photomaton, Claude Cortinovis fait une image immense, sorte d’icône en hommage à une belle inconnue dont il ne sait rien. Penché durant des mois sur le même travail, il lui donne vie au même moment qu’il donne une présence au portrait. Une manière très contemporaine de portraitiser l’autre, cet inconnu.

Claude Cortinovis
Nameless
Keitelman Gallery
44 rue Van Eyck
1000 Bruxelles
Du mardi au samedi de 12h à 18h
Jusqu’au 17 janvier 2015
www.keitelmangallery.com

Kristian est assis de trois-quarts. Les sourcils froncés, le regard inquiet. Il a les mains croisées sur les cuisses. Derrière lui, une plante verte. Sa chemise blanche aux manches bouffantes fait une zone comme un gros nuage.

Les délicats portraits à l’aspect intemporel d’Elisabeth Peyton sont ceux de Sam, Kristian, Joan, Elias… représentés à l’huile sur panneau de bois ou au monotype sur papier. Comme saisi à l’instant précis ou il lève le regard vers le peintre, le modèle a le regard intense. Quelques traits de pinceaux et peu de couleurs, suffisent à donner à voir un personnage bien présent et reconnaissable, issu du quotidien de l’artiste américaine.

Elisabeth Peyton (1965, Connecticut) vit et travaille à New York. Fascinée par le portrait, elle a, dans une précédente série en 2007, inclut dans ses toiles et ses dessins des portraits de personnages célèbres comme Elisabteh II, Georgia O’Keeffe, Balsac, Wagner, mais aussi david Bowie ou le couple Obama…

Les sujets qu’elle aborde aujourd’hui semblent anodins: des portraits de ses amis, quelques belles natures mortes. Ils sont d’une beauté délicate et précieuse. Incandescents. On peut les regarder sans se lasser, tant ils vibrent de toute l’énergie qui s’est échangée entre l’artiste et son sujet durant l’action de peindre.

Elisabeth Peyton
Dark Incandescence
Gladstone Gallery
12 rue du Grand Cerf
1000 Bruxelles
Jusqu’au 16 janvier 2015
Du mardi au samedi de 10h à 18h
www.gladstonegallery.com

 

Claude Cortinovis, Keitelman gallery

Claude Cortinovis, Keitelman gallery

Claude Cortinovis, Keitelman gallery

Claude Cortinovis, Keitelman gallery

 

Elisabeth Peyton, Gladstone Gallery

Elisabeth Peyton, Gladstone Gallery

Elisabeth Peyton, Gladstone Gallery

Elisabeth Peyton, Gladstone Gallery

Elisabeth Peyton, Gladstone Gallery

Elisabeth Peyton, Gladstone Gallery

 

 

 

 

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