Découvrir la Fondation Louis Vuitton dans le bois de Boulogne à Paris est tout d’abord un choc architectural : longer le Jardin d’Acclimatation et nos souvenirs d’enfance et avoir le regard soudain attiré par un immense voilier de verre, drakkar somptueux, déroutant, hors du temps. L’œuvre de l’architecte octogénaire Frank Gehry, originaire de Toronto, déjà célèbre en Europe pour la réalisation du musée Guggenheim de Bilbao, est une expérience sensuelle unique.

Concepteur génial, précurseur dans l’utilisation du numérique au service de la réalisation architecturale, Frank Gehry signe l’une de ses plus innovantes et poétiques œuvres d’art. Réalisée en huit ans et ayant coûté la bagatelle de 100 millions d’euros, cet insecte de métal et de verre est une prouesse d’ingénierie et de créativité. Frank Gehry explique avoir eu l’ambition de réaliser le rêve de Bernard Arnault en offrant à Paris un lieu insolite pouvant accueillir les innovations artistiques, qui soit lui-même une source d’inspiration pour les jeunes talents et le public amateur. Mécène du projet, la société Louis Vuitton y voit la concrétisation de l’esprit d’alliance entre le luxe et la culture qu’elle insuffle à la marque depuis quelques années, sollicitant la collaboration d’artistes de renom comme Richard Prince. En érigeant ce lieu d’exception dans la capitale de la tour Eiffel, le pape du luxe – concept éphémère par essence – imprime une trace qui s’inscrit dans la pérennité.

Une inauguration d’une année

Pour la première phase de son inauguration qui se tiendra jusque fin 2015, la fondation présente une sélection de travaux emblématiques autour de quatre axes : contemplatif, pop, expressionniste et musical. On y découvre la collection permanente composée entre autres d’œuvres issues de la collection personnelle de Bernard Arnault, selon une ligne de continuité historique entre l’art moderne et contemporain. Des expositions temporaires seront organisées en collaboration avec les institutions, des collectionneurs privés et les artistes eux-mêmes. La fondation accueille également des performances musicales lyriques, parachevant ce voyage au sein de la créativité. Jusque fin mars, nous sommes invités à découvrir l’architecture du bâtiment grâce à une exposition consacrée à Frank Gehry en dialogue avec la rétrospective organisée au Centre Pompidou. « Le 1.50 confirmation model est une maquette de validation, un maillon entre représentations graphiques et modèles numériques, entre le passé et le futur » explique l’architecte. Parmi les œuvres de la collection permanente, nous avons été impressionné par la rose en acier de Isa Genzken, la salle consacrée à Gerhard Richter, les néons de Bertrand Lavier et enfin le gigantesque Homme dans la boue de Thomas Schütte. Mais le plus riche en émotions, ce fut notre balade sur les différentes terrasses surplombant une forêt de contes de fées et offrant des perspectives aux allures de grande pomme sur les buildings de la Défense et les toits de Paris. D’un côté New York, de l’autre la tour Eiffel. Très réussie, la fontaine en marches d’escalier descendant vers l’installation de Olafur Eliasson, kaléidoscope géant composé de 43 colonnes en miroirs et mosaïques de verre jaunes intégrant notre propre reflet : impossible de rester indifférent. La fondation se veut un espace à la fois d’éducation et de stimulation pour le jeune public et les jeunes artistes. Incubateur de talents, le concept de Bernard Arnault est voué à faire des petits et à donner un élan d’enthousiasme dans une époque de marasme social et économique.

Commerce de luxe et culture : un mariage arrangé ?

Bien sûr, nous nous inclinons face à tant de grandeur et de beauté… Mais est-ce bien au nom de l’Art ? L’art désintéressé, la beauté pour la beauté, l’art qui, s’il porte un collier – fut-il de cuir et d’or estampillé LV – n’en reste pas moins l’entrave à la liberté du chien par rapport au loup famélique mais libre ? Le mécénat est-il encore une « subvention accordée aux Sciences, aux Lettres, aux Arts » ou bien n’est-ce qu’un subterfuge pour influer sur la cote de tel ou tel artiste déjà présent dans les collections propres du dit « mécène »?

La Fondation Vuitton n’est évidemment pas une initiative désintéressée. Vous me répondrez sans doute : pourquoi devrait-elle absolument l’être dès lors qu’elle a le mérite de nous faire rêver ? Oui. C’est la première impression que cela nous a laissé, jusqu’à ce que, rêveur mais aussi critique, nous n’ayons eu l’envie de lever les voiles de verre du voilier… « Les musées privés de nos milliardaires sont les palais industriels d’aujourd’hui » affirment avec justesse les invités de Mediapart qui ouvrent également ce débat : n’est-il pas urgent – à l’heure où une fondation richissime a droit, pour son ouverture, à une célébration de son architecte star (Frank Gehry) par le Centre Pompidou – d’exiger des institutions publiques qu’elles cessent de servir les intérêts de grands groupes privés en se calant sur leurs choix artistiques ? Quand on voit ce qui se déroule chez nous en Belgique, le nivellement dictatorial de certaines initiatives, sans concertation citoyenne, couplé à une « peur du privé » des musées bruxellois, on ne sait plus à quel saint se vouer. Saint business ? Saint politicien ? Comme le souligne justement Muriel de Crayencour, ce sont les initiatives de particuliers qui prennent le relais des institutions pour soutenir et montrer l’art d’aujourd’hui. En espérant que ces privés ne deviennent pas trop vite de grands groupes privés ou du moins qu’ils gardent leur idéal d’un art libre, autonome, grand.

Quelques chiffres

Le projet de ce nuage de verre rêvé par Arnault est né en 2006 et a sollicité les talents de 700 ouvriers. Trente brevets ont été déposés et il aura fallu le savoir-faire issu de l’industrie automobile pour que les 12 panneaux de verre courbés, 19 000 plaques de béton blanc fibré et une enveloppe vitrée de 13 500 m2 deviennent cette merveille technologique. A 85 ans, Frank Gehry prouve que le cerveau humain est capable du meilleur pourvu qu’il reste en activité ! Son œuvre est aussi une prouesse en terme de respect de l’environnement. Le budget initial était de 100 millions d’euros financé par le groupe LVMH. En 2065, la fondation deviendra un musée municipal.

Fondation Louis Vuitton
8 Avenue du Mahatma Gandhi
Bois de Boulogne
75116 Paris
Ouvert du lundi au jeudi de 12h à 19h, le vendredi jusqu’à 23h, le WE de 11h à 20h
http://www.fondationlouisvuitton.fr

www.thalys.com

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Louis Vuitton

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Thomas Schutte – (c) Aurore t’Kint

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