Le beau monde sur les grands boulevards… la bohême… des personnages obscurs, artistes, journalistes et écrivains, montent les escaliers vers Montmartre, pour échapper un moment à la société bourgeoise. Et y faire la fête, penser et dire en liberté, dans les cabarets, comme celui du Chat Noir. Un lieu et une époque devenus mythiques…

Adolphe Willette (1857-1926) est un bel exemple de cette période. Né à Châlons-sur-Marne, fils de colonel, on le retrouve à Paris, en 1875, élève de Cabanel à l’Ecole des Beaux-Arts. Il est séduit par le monde des médias (journaux et revues) et devient l’un des grands illustrateurs de l’époque. Montmartre lui est cher, à cause de l’atmosphère anarchiste qui y règne. Il est contre tout et tout le monde et ne s’en cache pas dans des caricatures parfois très provocantes, qui lui ont valu de nombreux procès. Il participe toutefois aux Salons, avec le soutien de Cabanel, un des grands peintres officiels. Cela lui vaudra la Légion d’Honneur en 1906 et le grade d’officier en 1912. Mais il ne sera pas académicien.

Ce qui frappe, maintenant qu’on a l’occasion de parcourir son œuvre abondante au fil de l’exposition que lui consacre le Musée Rops à Namur, c’est sa force de travail – des simples caricatures jusqu’aux projets de tapisserie pour les Gobelins. Ses idées ont parfois un mordant à la manière de Félicien Rops, parfois elles ne reflètent que l’actualité. Willette traduit souvent un attachement inconditionnel à la pensée française du moment, du patriotisme à l’antisémitisme. C’est dans cet esprit qu’il se présente comme “candidat antisémite” aux élections de 1889 (sans être élu). Mais l’affiche lui survit. Il faut dire qu’il n’a fait aucun commentaire dans l’affaire Dreyfus qui a éclaté un peu plus tard.

Il glorifie Montmartre comme « république » de la liberté. Il participe à l’organisation de festivités folkloriques, comme la Vachalcade, un événement carnavalesque en 1896. Willette est, comme Steinlen par exemple, un artiste dont la gloire a été freinée par sa popularité dans les grands médias. Cela paraît paradoxal. Cette attitude élitiste n’a pas disparu dans le monde de l’art.

Adolphe Willette 1957-1926
Musée Rops
12 Rue Fumal
5000 Namur
Jusqu’au 11 janvier 2015
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.museerops.be 

Le Martyre de la pensée - Adolphe Willette - photo Henri Delage

Le Martyre de la pensée -Adolphe Willette – photo Henri Delage

Pierrot et Colombine, la lessive - Adolphe Willette - photo Henri Delage

Pierrot et Colombine, la lessive – Adolphe Willette – photo Henri Delage

 

Willette, Pierrot amoureux, Le Chat noir n°13, musée de Montmartre, photo Henri Delage

Willette, Pierrot amoureux, Le Chat noir n°13, musée de Montmartre, photo Henri Delage

Adolphe Willette - Le rêve de la Lorette -Adolphe Willette - photo Henri Delage

Adolphe Willette – Le rêve de la Lorette -Adolphe Willette – photo Henri Delage

Adolphe Willette - J'étais bien plus heureux quand j'étais malheureux ! - photo Henri Delage

Adolphe Willette – J’étais bien plus heureux quand j’étais malheureux ! – photo Henri Delage

Adolphe Willette - Passage de Vénus devant le soleil - photo Henri Delage

Adolphe Willette – Passage de Vénus devant le soleil – photo Henri Delage

Adolphe Willette - Parce Domine - musée de Montmartre, dépôt du musée Carnavalet

Adolphe Willette – Parce Domine – musée de Montmartre, dépôt du musée Carnavalet

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