Imaginez un grand bâtiment de trois étages ni très bien chauffé ni très bien isolé. Placez-le le long d’une gare, à deux mètres des rails de chemin de fer… Voué à la démolition, il a été réhabilité en 2004 pour Lille 2004 Capitale Européenne de la Culture et a alors accueilli 251 000 visiteurs sur l’année. Forte de ce succès, Lille a décidé de continuer à faire vivre ce lieu de 6000 m2, ni centre d’art ni musée, mais lieu d’art et de vie. A Bruxelles, c’est le genre de bâtiment qu’on abandonne aux pigeons pour des décennies…

Lille3000 est née à la suite du succès de Lille2004. Son objectif est de poursuivre cette aventure pour encore explorer les cultures et les problématiques de notre monde, tout en se projetant vers la création contemporaine, l’innovation et le futur. L’exposition à voir aujourd’hui, Passions Secrètes, Collections privées flamandes fait partie de cette programmation. Ce rendez-vous prolonge la série d’invitations autour de l’art contemporain entamée en 2007, avec la François Pinault Foundation, poursuivie deux ans plus tard avec la Saatchi Gallery, puis autour des collections publiques du Centre National des Arts Plastiques en 2011 et, récemment, avec la galerie Emmanuel Perrotin venu fêter ses 25 ans.

La Belgique est une terre de collectionneurs. Plus audacieux dans leurs achats, dit-on, que leurs voisins français, ils n’hésitent pas à acheter de jeunes artistes et à engranger des quantités importantes d’œuvres. Rien que dans la région de Courtrai se cachent plus de 18 grands collectionneurs. Ensemble, ils possèdent plus de 4000 œuvres, très souvent de grand format, rarement inventoriées.

C’est ce trésor belge que la commissaire de l’exposition, Caroline David, est allée chercher. Un travail gigantesque de visites, de repérages, d’analyse, de sélection et d’inventaire. Elle fut pourtant accueillie avec beaucoup de chaleur par les collectionneurs, heureux de partager leur passion. Il a fallu repérer des ensembles, découvrir des croisements et des dialogues intéressants entre les œuvres. Un travail de deux années.

Plusieurs parcours sont dessinés : autour d’une représentation féminine, autour du miroir et du jeu sur le reflet et, dernier thème, autour d’une certaine Amérique, celle du rêve américain ou de cette Amérique critiquée.

Ajoutez à cela des photos des intérieurs de ces collectionneurs, commandées à l’artiste Gautier Deblonde qui est entré dans l’intimité de ces collections secrètes et passionnantes. Elles sont exposées en très grand format dans quelques coins de l’exposition et montrent la grande tendresse des collectionneurs vis-à-vis des œuvres, ainsi que leur nonchalance de bon aloi : une œuvre à côté du canapé, l’autre dans le jardin, la troisième dans un couloir. Une communauté de vie.

« La Flandre connaît une longue et riche tradition en matière de collection d’art. Vivre entouré d’art y est une évidence. Dans une interview, le célèbre directeur de musée Jan Hoet a un jour fait remarquer qu’il est rare d’entrer dans un foyer flamand sans un tableau, une gravure ou un dessin au mur; ce qui coule nettement moins de source en Allemagne, aux Pays-Bas ou en France. Dès le XVe ou le XVIe siècles, les patriciens nantis souhaitaient posséder non seulement des tableaux religieux mais aussi leurs portraits. Leur désir ardent de peintures de qualité a forgé le succès des Primitifs Flamands. Les cabinets d’art du XVIIe siècle démontrent à leur tour la frénésie de collectionner du Flamand. (…)« , peut-on lire sous la plume de Tanguy Eeckhout dans le catalogue.

L’exposition est une superbe réussite, qui montre le champ vaste des créations actuelles. On se prend à rêver de la même chose en Belgique. Peut-être qu’après l’aval des Français et de Martine Aubry, maire de Lille, les petits Belges que nous sommes pourront envisager sans honte ni fausse modestie de rendre hommage à leurs collectionneurs. Notons aussi que cette manière de rassembler des œuvres, via le prêt, est une solution pour enrichir les très pauvres collections d’art actuel censées garnir l’hypothétique musée d’art contemporain bruxellois qu’on nous promet à chaque élection.

Au rez, l’accrochage démarre avec des œuvres sur le thème de la représentation de la femme. Pour démarrer, voici le néon Hot Heels, de Sylvie Fleury. Une silhouette toute en jambes, sculpture hyperréaliste de Iris Van Dongen & Kimberly Clark, Carpe Nox X ou la Veuve Noire, de Jan Van Oost accompagnent une araignée de métal, de Louise Bourgeois. Poursuivons avec les liens d’amour ou d’amitié qui unissent ces femmes : History of sex, d’Andres Serrano. Ou Mes vœux sous filet – le cœur, d’Annette Messager, qu’on avait pu voir à la Maison Particulière.

Au rayon « Miroirs », très belle pièce double de Pistoletto, Specchio di diagonale. Ou Untitled (looking back), de Jim Hodges, qui suggère qu’en regardant son passé, on le verra brisé comme ce miroir. Dan Vo déconstruit l’Amérique en démontant la statue de la liberté, We the people, pour n’en présenter que des immenses morceaux en plaques de cuivre.

Pour l’Amérique, voici l’installation de Kelley Walker & Wade Guyton, un Memory Ware Flat, de Mike Kelley, un Radish Johnson, The Battle for Intergalactic Supremacy plein d’ironie ou, de Mark Flood, God Less America.

Au dernier étage sous la verrière, place aux très grands formats, dont Een, cette structure de métal d’où pend un immense cheval empaillé, de Berlinde De Bruyckere. Une rétrospective de cette artiste vient de s’ouvrir au S.M.A.K. à Gand et nous en parlerons. Puis, deux véhicules non identifiés, volants, ou pas, de Panamarenko. Souffles dans le verre, de Michel François et la spectaculaire montgolfière échouée de Kris Martin. Que du très beau monde. Un citytrip s’impose.

Passions Secrètes
Collections privées flamandes
Le Tripostal
Lille
Jusqu’au 4 janvier 2015
www.passions-secretes.com

(c) Photo Maxime Dufour

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