« Ca fait trois ans que je rêve de l’exposer« , nous explique Fred Lanzenberg à propos de l’artiste qu’il montre aujourd’hui. Julien Spianti est un artiste franco-italien né en 1982, qui vit et travaille à Paris. Il a une maîtrise en Philosophie et Esthétiques (Sorbonne).

Sur le site de ce très jeune artiste, on découvre qu’il est peintre, mais qu’il réalise aussi des vidéos et des installations. Ce sont bien évidemment les peintures que Lanzenberg a sélectionnées. D’une facture classique (répétons-le, c’est le grand retour des peintres !), les grands formats à découvrir à la galerie sont somptueux. Dans une palette de tons sombres, c’est tout un monde entre réalité et songes qui se déploie. Installant des personnages d’aujourd’hui dans des salles de musée présentant des tableaux d’art ancien, Spianti crée une sorte de faille spatio-temporelle dans laquelle l’étrangeté, le sexe, la violence, la nudité ont fait leur nid.

Ainsi, Open source qui donne son titre à l’exposition, présente deux jeunes visiteurs, le visage flouté, assis sur un banc de musée, fascinés par une forêt primale qui pousse à droite du tableau et dans laquelle se promène une femme nue, à la silhouette sensuelle. Est-ce Eve ? Pourquoi ces arbres envahissent-ils l’espace ? Est-ce une confrontation entre deux temps ? Est-ce un rêve étrange et dérangeant ? Cela va-t-il s’arrêter si on se réveille en sursaut ?

Voici Piéta, encore un banc de musée, sur lequel sont effondrées quelques adolescentes. L’une d’elles a ôté ses baskets et s’étend sur les genoux de son amie. Derrière elles, quelques arbres immenses ont surgi et gagnent du terrain. La tension entre nature et culture ? Cette tension serait-elle épuisante pour ces jeunes ?

Embarquement, c’est un Déjeuner sur l’herbe qui tourne mal. Les personnages sont tous nus. Une forte charge sexuelle se dégage du tableau. De la violence. La nature ici est l’écrin d’une scène terrible. Les branches des arbres et les évocations de buisson sont eux-mêmes inquiétants. Spianti est un peintre qui raconte de manière très cinématographique les sous-couches qui sont cachées derrière le monde tel qu’on le voit.

« Si je devais décrire l’espèce de conflit psychique à partir duquel (et contre lequel) s’élabore ma peinture, je crois qu’il me serait possible de le faire en faisant référence à ce que Freud appelle, dans sa seconde topique, le moi, le ça et le surmoi. Il y a, en effet, dans chacune de mes toiles, la présence du ça – qui correspond aux zones abstraites, brossées, frottées de mes tableaux (zones qui viennent sans cesse mettre en péril l’unité des figures et l’homogénéité des compositions); le surmoi – qui correspond aux espaces architecturaux, aux constructions et, de manière plus générale, au « réalisme », à ma capacité à représenter et, enfin, il y a le moi qui, symptomatiquement, se retrouve incarné dans les figures que je mets en scène aussi bien que dans la composition globale de mes tableaux entendus comme unité », explique l’artiste lors d’un entretien avec Frédéric-Charles Baitinger. « L’important, pour moi, n’est pas tant de représenter un équilibre, que de sentir à l’œuvre – dans mes peintures – le combat que se livrent les forces du ça, du moi et du surmoi. »

Avec ou sans combat, la peinture de Spianti est d’une remarquable qualité et donne à voir un univers d’une grande maturité artistique, cohérent et fascinant.

Open source
Julien Spianti
Galerie Fred Lanzenberg
9 avenue des Klauwaerts
1050 Bruxelles
Jusqu’au 25 octobre
De mardi à vendredi de 14h à 19h, samedi de 10h à 19h
www.galeriefredlanzenberg.be

Embarquement, Julien Spianti

Embarquement, Julien Spianti

Victoires, Julien Spianti

Victoires, Julien Spianti

Prévarication, Julien Spianti

Prévarication, Julien Spianti

Piéta, Julien Spianti

Piéta, Julien Spianti

L’homme est un homme pour l’homme, Julien Spianti

L’homme est un homme pour l’homme, Julien Spianti

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