Ce sont quatre peintres amis qui se sont rassemblés chez Aeroplastics, autour de Léopold Rabus et à son invitation. Tous aiment à envisager le thème de la femme odalisque. Celle qui est alanguie, dénudée, allongée et offerte au regard. Les cinq artistes se sont réapproprié les enjeux picturaux de ce thème orientaliste, qui subira de nombreuses transformations depuis Ingres (1814) à l’Olympia de Manet (1863).

Leur odalisque d’aujourd’hui est ultracontemporaine et c’est une surprise et un régal de le découvrir au fil de l’exposition. Léopold Rabus, qu’on avait déjà pu voir exposé ici en famille, avec son père et sa mère, artistes eux aussi, déploie une virtuosité qu’il met au service de grands formats aux sujets complètement déjantés. Sa modèle (le plus souvent son épouse, nous a-t-il dit) est mise en scène dans des compositions où ce corps désiré est allongé et perverti dans un décor confiné, inquiétant, sombre. Rabus adore parler de sa peinture, il s’y met avec une distance humoristique totalement réjouissante. Son odalisque est violée par quelque cierge, mais elle est consentante.

Youcef Korichi, lui, s’attaque à l’absence, peignant le décor abandonné par une odalisque partie on ne sait où. Les drapés de toile rouge sont ceux d’une scène déjà finie et pourtant ils respirent la sensualité, le désir, le sexe. Pour une autre toile, Korichi suggère une femme mystérieuse uniquement par le biais d’une boîte de bois et ivoire précieux. L’absence, cet état si excitant… Voici les somptueux dessins au crayon de Jérôme Zonder. Sa mine se fait hyperréaliste mais il cadre si près ce corps désirable qu’on ne découvre qu’un détail, un poignet délicat, la courbe d’une hanche… Axel Pahlavi traite son odalisque sans ménagement, à coup de couleurs vives et même criardes. Le jaune et le rouge fluo enflamment l’image, rendant le personnage qui l’occupe cru, décharné, pâle et presque sans vie.

La dernière artiste, Katia Bourdarel, explique avec beaucoup de précision que sa vision de l’odalisque est très différente de celle d’un homme. Pour elle, cette femme allongée n’est pas celle qui s’offre, qui plonge son regard dans le regard du spectateur, comme l’Olympia de Manet. Elle n’est pas aguicheuse. Son odalisque à elle est une femme qui attend, le regard tourné à l’intérieur d’elle-même. L’artiste la représente morcelée ou sans regard. Pour un délicat petit format, c’est la main, posée sur le ventre d’une jeune femme vêtue d’une nuisette de dentelles, dont on ne voit que les hanches et cette main nonchalante. Pour un grand format, une très jeune fille pose engoncée dans des draps blancs. Ses épaules ont la grâce et la blancheur de l’adolescence. Le rendu hyperréaliste, le savoir-faire du peintre donnent cette image lissée, d’où émane de la fragilité, une sensualité qui s’éveille, un mystère.

De bien belles propositions, offertes par de vrais peintres, des images crues ou délicates, qui explorent avec ou sans pudeur le corps féminin, objet de désir et de fantasmes. Un régal.

Prendre le temps d’un morceau d’odalisque
Aeroplastics Contemporary
32 rue Blanche
1060 Bruxelles
Jusqu’au 25 octobre
Du mardi au vendredi de 13h à 18h30, samedi de 14h à 18h
www. aeroplastics.net

Youcef Korichi - Coffre, 2014, oil on canvas, 162 x 130 cm, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels

Léopold RABUS - Les fleurs, 2014, oil on canvas, 240 x 300 cm, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels
Léopold RABUS – Les fleurs, 2014, oil on canvas, 240 x 300 cm, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels
Léopold RABUS - Femme regardant son mont de venus, 2014, oil on canvas, private collection, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels
Léopold RABUS – Femme regardant son mont de venus, 2014, oil on canvas, private collection, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels
Katia Bourdarel - Les Bijoux #4, 2014, oil on canvas, 35 x 50 cm, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels
Katia Bourdarel – Les Bijoux #4, 2014, oil on canvas, 35 x 50 cm, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels
Katia Bourdarel - L'attente, 2014, oil on canvas, 114 x 146 cm, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels
Katia Bourdarel – L’attente, 2014, oil on canvas, 114 x 146 cm, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels
Jerome Zonder - Portrait de Garance en jeune fille 3, 2014, charcoal and graphite on paper, 133 x 200 cm, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels
Jerome Zonder – Portrait de Garance en jeune fille 3, 2014, charcoal and graphite on paper, 133 x 200 cm, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels
Jerome Zonder - Chair grise, 2014, charcoal and graphite mine on paper, 200 x 140 xm, courtesy of Aeroplastics contemporary
Jerome Zonder – Chair grise, 2014, charcoal and graphite mine on paper, 200 x 140 xm, courtesy of Aeroplastics contemporary
Axel Pahlavi - Scintillement, 2014, oil on canvas, 140 x 190 cm, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels
Axel Pahlavi – Scintillement, 2014, oil on canvas, 140 x 190 cm, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels
Axel Pahlavi - A nouveau, 2014, oil on canvas, 210 x 270 cm, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels
Axel Pahlavi – A nouveau, 2014, oil on canvas, 210 x 270 cm, courtesy of Aeroplastics contemporary, Brussels

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