Le Musée Horta, installé dans la maison et l’atelier que l’architecte Victor Horta s’était fait construire rue Américaine à Saint-Gilles, est un lieu de visite plus connu des touristes étrangers friands d’Art nouveau que des Bruxellois. Sa façade élégante et discrète est l’exemple type d’une maison bourgeoise au tournant du XIXe. Située dans un quartier neuf à l’époque, elle représente le concept de maison comme une œuvre d’art.

Victor Horta est un architecte belge né à Gand en 1861. Il est le créateur de très nombreux hôtels de maître à Bruxelles (Autrique, Solvay, Tassel, Aubecq, etc.) mais aussi de bâtiments publics comme La Maison du Peuple, le Musée des Beaux-Arts de Tournai, le Palais des Beaux-Arts ou la Gare centrale de Bruxelles. Il est mort en 1947, ayant détruit une grande partie de ses archives et dessins.

La Commune de Saint-Gilles achète la maison de Victor Horta à un particulier en 1961 et l’ouvre au public en 1969. L’atelier est acheté en 1971. C’est Jean Delhaye qui convainc la commune de faire cet achat. Cet architecte s’est alors occupé à restaurer « à la sauvage » cet édifice précieux, l’abîmant beaucoup, en y plaçant des néons, en démontant la chambre à coucher intégrée de la fille de Horta (ce mobilier a disparu) ou en plaçant un ascenseur dans la cage d’escalier…

Vingt-cinq ans de restauration

Françoise Aubry, conservatrice du musée depuis 1981, est fière d’annoncer aujourd’hui la fin de 25 années de restauration des bâtiments. Françoise Aubry est historienne de l’art. Elle en devient la conservatrice en 1981. Elle fut la première étudiante de l’ULB à faire son mémoire sur Henry Van de Velde. Elle eut de la peine à trouver un directeur de mémoire. Au sortir de ses études, en 1976, elle commence toute jeune à travailler au musée.

En 1988, elle lance la rédaction d’un master-plan d’entretien et de restauration. Cette année-là, le mécénat de la Société Générale se réunit au musée pour une visite guidée. Enchantés, les membres du groupe demandent à la conservatrice comment ils peuvent aider à la sauvegarde de l’endroit. Le master-plan, prêt, leur est présenté. C’est ainsi que démarre, en 1989, une longue campagne de restauration, avec, pour commencer, la remise en état des toitures et lucarnes. Les Monuments et Sites prenant en charge 80 % du budget, la Société Générale s’occupa des 20 % restants.

Un autre poste important fut l’enduit de la façade arrière. La maison et l’atelier ayant appartenu à des propriétaires différents, leurs façades arrière n’étaient plus identiques. Elles furent unifiées avec un enduit à la chaux à l’ancienne. On renforça aussi l’escalier. Mais une des mesures simples (malheureusement pas toujours comprises des visiteurs) fut d’interdire le stationnement dans l’escalier et de ne permettre qu’à 45 personnes à la fois de visiter la maison. En effet, le stationnement dans l’escalier pour admirer les décors et prendre des photos a fragilisé la structure en bois, pas conçue à l’origine pour autant de passage et ayant atteint sa limite physique. En 1969, le musée accueillait 1000 visiteurs par an. Aujourd’hui, ce sont 64 000 visiteurs annuels et donc 128 000 mains susceptibles de tenir la rampe de l’escalier, l’usant par la même occasion.

L’horrible ascenseur installé au centre de la cage d’escalier a été démonté en 2012. Il a fallu refaire à l’identique toutes les marches, qui avaient été rognées d’un tiers de leur longueur.

Un nouvel espace

En 2006, on a procédé à l’achat de la maison voisine pour en faire une extension du musée. Ce projet a été mené à bien par Beliris via le Fonds bruxellois (budget fédéral pour le rayonnement de Bruxelles). Cette extension sera finie en avril 2016 pour une ouverture en septembre de la même année. On y trouvera les archives, la bibliothèque, la photothèque ainsi que les bureaux du personnel. Le musée Horta, qui comprend la maison de l’architecte et son atelier, est classé monument historique. Ce déplacement des bureaux et archives vers le bâtiment voisin est une manière de protéger le bâtiment de l’usure quotidienne par le personnel.

Le musée fait partie du Réseau Art Nouveau (www.artnouveau-net.eu) qui rassemble les projets communs, les publications, les livrets pédagogiques des lieux Art nouveau essaimés dans toute l’Europe. La coordination du réseau est faite par deux personnes qui ont leurs bureaux dans le musée. Le musée emploie 10 personnes (ceci comprenant le gardiennage et l’entretien).

Quelques questions à Françoise Aubry, conservatrice du musée

D’où vient votre passion pour l’Art nouveau ?

Françoise Aubry : Ce qui m’intéressait surtout dans l’Art nouveau, c’est la réintroduction de la nature dans l’architecture. Je viens de la campagne et je suis une amoureuse des plantes et des animaux. C’est plus tard que j’ai appris le pan scientifique de l’Art nouveau, l’influence du japonisme, de l’Arts & Crafts… Mon élan était celui de la jeune femme qui abandonne la campagne pour la ville. Dans l’Art nouveau, on trouve beaucoup de plantes volubiles, comme la clématite, le chèvrefeuille, la vigne, qui déploient leurs crochets pour grimper, mais aussi des papillons, des oiseaux.

D’où vient cet Art nouveau ?

Horta voulait faire de la maison une œuvre d’art. Cette idée vient de l’Esthetic Movement dont Oscar Wilde était un fervent défenseur. Ce mouvement essayait de résister à l’industrialisation massive. Les adeptes des Beautiful Houses désiraient que tout y fonctionne de manière harmonieuse. A partir de l’exposition au Cristal Palace de Londres en 1851, première des expositions universelles, on voit émerger le triomphe de l’objet fabriqué en série. De nombreux artistes et écrivains se révoltent contre cette manière de faire. Wilde veut défendre l’objet fabriqué de manière artisanale, la pièce unique. Et par là même, il défendait aussi le statut de l’ouvrier artisan.

Quel bilan faites-vous de vos 33 années de direction de ce musée ?

Je suis fière de pouvoir dire que j’ai mis en fonctionnement l’outil de travail qu’est ce lieu. Dans l’annexe qui s’ouvrira en 2016, j’espère que nous pourrons organiser une fois par an une exposition temporaire sur un contemporain de Horta, et une fois par an sur un artisan actuel (orfèvre, céramiste, bijoutier). Je pars à la retraite dans quelques années. J’aimerais alors m’occuper de jardiner ou être bénévole pour des réserves naturelles. Un retour vers la nature.

Musée Horta
25 rue Américaine
1060 Bruxelles
Du mardi au dimanche de 14h à 17h30
www.hortamuseum.be

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