Jean de la Fontaine, Fables choisies, Paris, Desaint et Saillant, 1755-1759, 4 vol., estimation 80-120.000 euros. Vente du 6 novembre 2014 chez Sotheby’s à Paris. www.sothebys.com

Cette appellation désigne dans le jargon des bibliophiles la plus prestigieuse des éditions illustrées de La Fontaine. Le La Fontaine est celui des célèbres Fables ; quant à Oudry (1686-1755), il fut peintre du roi Louis XV.  L’exemplaire de cet ouvrage en quatre volumes mis en vente chez Sotheby’s fait partie de la dispersion de la bibliothèque de Carlo de Poortere, bibliophile belge dont la passion l’a porté vers des domaines aussi divers qu’intéressants.

Sa bibliothèque témoigne de la grande variété de ses goûts : les manuscrits et éditions originales de grands écrivains belges – Maeterlinck, Verhaeren, Ghelderode – voisinent avec les créations de Rops, autre Belge dont il posséda la plus grande collection de dessins, estampes et livres illustrés. L’homme a par ailleurs toujours eu un penchant pour les beaux livres du XVIIIe siècle français. Tout comme le Recueil de Julienne de Watteau, le La Fontaine d’Oudry figure parmi les trésors de cette partie de la collection où tout – du texte à l’illustration en passant par la dorure et la typographie – relève d’une qualité exceptionnelle.

Ce somptueux ouvrage illustré trouve ses origines dans une suite de dessins à l’encre réalisés par Jean-Baptiste Oudry entre 1729 et 1734 en vue de servir de recueil de sujets où puiser pour des peintures et des tapisseries. Acquis par Montenault, ces dessins furent redessinés par Cochin en vue d’être gravés par une quarantaine d’artistes triés sur le volet et imprimés sur les presses de Montenault. Cette vaste et coûteuse entreprise dura neuf ans et nécessita le recours à des fonds tels que l’Académie française, la cour et même le Roi ! Mille exemplaires furent imprimés en tout, dont 100 exceptionnels de tête sur grand papier. Parmi ceux-ci, une dizaine furent confiés à Louis Douceur, le relieur du roi, qui grava des fers spéciaux inspirés des Fables, comme on peut l’admirer dans les dentelles de fers rocaille des plats et sur les dos de l’exemplaire qui nous occupe. Celui-ci cumule toutes les qualités d’exception : reliure raffinée en maroquin rouge frappé de dorures de Douceur, typographie raffinée, richesse de l’illustration, tirage sur grand papier et pédigrée alléchant. L’ouvrage de la bibliothèque de Carlo de Poortere porte en effet des armoiries de son premier possesseur (rendues non identifiables depuis la Révolution) mais il a également appartenu au Prince Napoléon, au baron de Launoit et à Paul de Thomas. Qui en sera le prochain détenteur ?

 

 

 

 

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