En juin 1969, lors d’une exposition au musée du Havre intitulée « La peinture en question », Vincent Bioulès, Louis Cane, Marc Devade, Daniel Dezeuze, Noël Dolla, Jean-Pierre Pincemin, Patrick Saytour, André Valensi, Bernard Pagès et Claude Viallat déclarent : « L’objet de la peinture, c’est la peinture elle-même et les tableaux exposés ne se rapportent qu’à eux-mêmes. Ils ne font point appel à un « ailleurs » (la personnalité de l’artiste, sa biographie, l’histoire de l’art, par exemple). Ils n’offrent point d’échappatoire car la surface, par les ruptures de formes et de couleurs qui y sont opérées, interdit les projections mentales ou les divagations oniriques du spectateur. La peinture est un fait en soi et c’est sur son terrain que l’on doit poser les problèmes. 0Il ne s’agit ni d’un retour aux sources ni de la recherche d’une pureté originelle, mais de la simple mise à nu des éléments picturaux qui constituent le fait pictural. D’où la neutralité des œuvres présentées, leur absence de lyrisme et de profondeur expressive. »

Cette exposition est le point de départ du mouvement Supports/Surfaces, démarche artistique qui accorde une importance égale aux matériaux, aux gestes créatifs et à l’œuvre finale, alors que le sujet passe au second plan. Il n’y a plus de message, rien à « comprendre » dans l’œuvre réalisée.

Claude Viallat (1936), qui expose actuellement dans deux galeries bruxelloises, Baronian et Templon, explique : « Ce qui m’importe, c’est la couleur, la capillarité de la toile à la peinture. »

Contrairement à Dezeuze qui ne peindra que des châssis sans toile, Viallat abandonne le châssis pour ne garder que la toile. Il utilise des textiles divers, de la bâche au voile fin. On connaît cette forme qu’il répète sans relâche depuis les années 1960, sous forme de tampon ou de pochoir, voire de découpage. Cette espèce de haricot est né d’une matière spongieuse que l’artiste avait fait tremper dans de l’eau javellisée et qui est ressortie « informe ». Cette non-forme avait toutes les caractéristiques pour séduire Viallat. S’en emparant et la posant sur ses toiles sans châssis, il répète des motifs dont la seule variation est la manière dont la couleur déposée via ce tampon a réagi sur la toile. Ainsi, c’est le support – toile de bâche, voile fin, toile de lin, etc. – et sa surface – texturée, lisse, imprimée, etc.  – qui déterminent le résultat.

Viallat peut alors se concentrer exclusivement sur la couleur, sans autre but que ce jeu qui peut sembler léger. Mais en s’y adonnant depuis plus de quatre décennies, il en vient à une telle maîtrise que cette répétition sans relâche exhale une grande poésie. Cela devient, au fil du temps, les mantras avertis d’un vieux mage.

A la galerie Templon, ses grands formats envahissent avec bonheur l’espace, jouant d’ailleurs un rôle de structuration de celui-ci. Ces grandes toiles directement au mur sont un régal. A la galerie Baronian, Viallat est présenté au milieu d’autres artistes qui traitent aussi de ces aspects matériels de la peinture. Ainsi, une série d’œuvres de Daniel Dezeuze datant de 1973 qui remettent en question le « support » ou le cadre en bois en représentant des mailles synthétiques constituées de gaze peinte et découpée, suspendues au mur telles de délicates mailles filées. On pointe aussi Larissa Lockshin avec ses toiles dans la veine de Cy Twombly, ou Lucas Knipscher, un New-Yorkais qui s’attaque très sérieusement à la surface. Deux expositions à ne pas manquer!

Claude Viallat
Galerie Daniel Templon
13 A rue Veydt
Jusqu’au 31 octobre
Du mardi au samedi de 11h à 18h
www.danieltemplon.com
et
Picture/Painting/Object
Galerie Albert Baronian
2B rue Isidore Verheyden
1050 Bruxelles
Jusqu’au 2 novembre
Du mardi au samedi de 12h à 18h
www.albertbaronian.com

(c) B. Huet/Tutti

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(c)Isabelle Arthuis

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(c) Ph. Degobert

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