Attention, chef-d’œuvre !

Frans Verbeeck (1510-1570), Le marché aux bouffons, huile sur toile, estimation 900.000 euros – 1.120.000 euros, vente publique à Vienne chez Dorotheum, le 21 octobre prochain à 17 h.
www. dorotheum.com

Exposée chez Dorotheum – Bruxelles fin septembre lors de la traditionnelle avant-première des chefs-d’œuvre des ventes viennoises, cette œuvre est une pièce capitale autant qu’unique pour l’histoire de la peinture flamande. Rarissime, elle est un précieux témoin du XVIe siècle flamand, entre Bosch et Breughel.

A l’époque, Malines était un centre important de production de tableaux avec la dynastie des Verbeeck qui y pratiquaient presque exclusivement la peinture à la tempera. Leurs œuvres n’ont guère résisté à la postérité, c’est la raison pour laquelle l’huile sur toile qui nous occupe est tout à fait exceptionnelle. Par son médium certes, mais également par son sujet, très différent de la production des Verbeeck, et par ses dimensions, tout à fait hors normes.

Son iconographie, complexe, a fait l’objet de nombreuses interprétations : elle dit et re-redit la bêtise humaine, qu’elle caricature à force de détails tantôt croustillants, tantôt grotesques voire très peu ragoûtants… La scène se déroule en plein air, sous un grand arbre, dans un paysage ouvert sur des lointains admirablement traités en perspective chromatique. Une foule de marchands pratiquent le commerce d’une multitude de petits individus. Ils grouillent de partout, dans les arbres, au balcon de l’auberge, à même le sol, dans des paniers en osier, sur les tables, dans les poches des vêtements… Les clochettes et les bonnets de fou permettent d’identifier des bouffons servant de monnaie sonnante et trébuchante tout en s’affairant : l’un d’eux, armé d’un marteau, pratique la très connue « opération de la pierre » déjà représentée par Bosch et dont le message est l’impossibilité du traitement de la folie par la chirurgie, tandis qu’un autre couve un œuf dans une mystérieuse cage suspendue… D’autres, dans le lointain, passent à la pesée. Les fous ne sont pas les seuls à se lâcher. On repère facilement des religieux qui forniquent et d’autres personnages qui pètent, dansent, s’empiffrent ou négocient d’obscurs pactes. Ces scènes semblent se référer à des proverbes moralisateurs mais également aux rimes satiriques de la Guilde des Rhétoriciens dont les membres se délectaient d’obscénités. Ce tableau qui se situe dans la thématique des drôleries bien représentées dans les musées par Bosch et Pieter Breughel l’Ancien et sur le marché de l’art par leurs famille et suiveurs, présente un style autonome et une facture personnelle qui devraient titiller l’intérêt des musées et des collectionneurs fortunés. Et pourquoi pas belges ? Dénouement le 21 octobre à Vienne.

141021Verbeeck-1

 

A propos de l'auteur

Laure Eggericx

Chroniqueuse et journaliste"Historienne de l’art et plasticienne, j’alterne depuis des années la plume et le pinceau pour assouvir et communiquer ma passion de l’art, du patrimoine et de l’architecture. Journaliste pour différents quotidiens (Le Soir, La Libre ...) et magazines (Villas, Les Nouvelles du Patrimoine...), j’ai collaboré à de nombreux ouvrages et expositions concernant aussi bien artistes et artisans qu’architectes contemporains, sites historiques ou balades touristiques. Le marché de l’art est la plus récente corde à mon violon."Laure Eggericx est licenciée en histoire de l’art et archéologie (ULB), graduée en architecture d’intérieur (Saint-Luc-Essai) et diplômée en recherches graphiques et picturales (Académie JJ Gaillard).

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.