« Parti de rien, je ne suis arrivé nulle part », écrivait Jacques Sternberg. Né à Anvers, attiré par Paris à l’âge de 25 ans, il s’y est battu pour faire publier ses premiers romans, y a finalement vécu toute sa vie et mené une carrière d’écrivain.

Auteur de contes brefs, de romans, et journaliste, Sternberg est moins connu pour ses photomontages et collages. Quand il était jeune, les albums de gravures qu’il feuilletait le faisaient rêver. Après avoir traversé les atrocités de la guerre, le découpage de ces vieilles estampes ne représentait plus un sacrilège à ses yeux. Il s’y est prêté avec d’autant plus de volupté que ce travail lui permettait de créer ces rencontres de rêve ou de cauchemar qu’il n’a eu de cesse de suggérer dans ses écrits. Ce sont ces collages, appartenant à une collection privée belge, qui sont exposés à l’Association du Patrimoine Artistique. Réalisées à partir de gravures du XIXdécoupées, dont les éléments sont juxtaposés et collés, ces créations nous emportent dans un monde irréel, poétique et absurde, où les hommes et les femmes sont absorbés par des tâches individuelles ou collectives dans des lieux décalés. Qu’il s’agisse d’une forêt tropicale, d’une mer déchaînée ou même d’un environnement urbain imaginaire, ces compositions sont troublantes par leur constante note d’insolite. Parfois, le simple fait d’introduire des éléments à des échelles totalement différentes suffit à produire cet effet d’inattendu.

Une autre partie de l’exposition témoigne de l’intérêt de Sternberg pour les dessins d’humour noir et des nombreux articles qu’il leur a consacrés. Après avoir découvert les dessinateurs d’humour anglo-saxons tels que Ronald Searle (1920-2011), Vigil Partch (1916-84), Saul Steinberg (1914-99), Charles Addams (1912-88) publiés dans The New Yorker, Sternberg s’est tout naturellement tourné vers leurs homologues français ou étrangers venus comme lui pour être édités à Paris. Tandis qu’il écrit dans différents journaux et revues tels Plexus, ArtsFrance Observateur, L’Express, Le Magazine Littéraire, France-Soir et Hara-Kiri, Sternberg introduit les dessins d’humour de ses amis dans ses articles. Il collabore activement aux nombreux volumes d’anthologies Chefs-d’œuvre de Planète, sélectionnant textes et illustrations de 1964 à 1971. On lui doit les Chefs-d’œuvre du Sourire (1964), du Crime, de l’Erotisme et de l’Epouvante (1965), du Rire (1966), du Fantastique, de la Bande dessinée et de l’Amour sensuel (1967), du Dessin d’humour (1968), de la Méchanceté et du Rêve (1969), de la Science-fiction et de l’Humour noir (1970) et enfin du Kitch (1971). Pour plusieurs de ces dessinateurs, Sternberg fut le premier à remarquer leur talent, à les encourager et à faire leur biographie sous forme de portrait. Il rédigera aussi les introductions de leurs publications personnelles et introduira certains d’entre eux dans le milieu artistique parisien, comme ce fut notamment le cas pour Roland Topor.

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Dans le bureau de Jacques Sternberg, un carton réunissant un grand nombre de dessins originaux d’artistes français et étrangers fut retrouvé par bonheur. En les rassemblant par thème et en les faisant dialoguer avec des extraits de textes de Sternberg, on plonge dans l’humeur et l’humour de l’auteur. Témoignage inattendu d’une époque, d’une France des années 1960-70, dont on se prend aujourd’hui à regretter l’esprit décapant. Échos du goût de Sternberg pour l’absurde, de son dégoût de l’humain, de son refus de la société moderne, de son horreur de la guerre et des absurdités qu’elle entraîne, de sa sempiternelle peur de la mort mais aussi son éternelle passion de la femme…

Parmi les biographies de ces dessinateurs oubliés ou illustres, certaines sont accompagnées de quelques dessins d’humour noir, absurde ou grinçant. A côté des plus connus tels que Maurice Henry, Testu Chaval, Mose, Jean Gourmelin, Bosc, Siné, Fred, Sempé, Wolinski, Folon , Reiser, Topor, Copi, Tomi Ungerer, Desclozeaux et Picha, on redécouvrira quantité d’autres dessinateurs comme Richard Aeschlimann, Agnese, Allary ou Arroyo.

Collages et humour noir
Jacques Sternberg
Association du Patrimoine Artistique
70 rue Charles Hanssens
1000 Bruxelles
 Jusqu’au 1er novembre
Jeudi de 12h à 16h, vendredi et samedi de 14h à 18h
www.association du patrimoineartistique.be

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