Bruxelles est par essence une ville secrète. Les Bruxellois eux-mêmes s’étonnent régulièrement de ce qu’ils découvrent derrière une porte ou en îlot central. Souvent bafouée, souvent en chantier, la ville offre quelques beaux restes et de nombreux chancres. On ne se refait pas. Le terme « bruxellisation » est utilisé par les urbanistes pour désigner les bouleversements urbanistiques d’une ville livrée aux promoteurs au détriment du cadre de vie de ses habitants, sous couvert d’une « modernisation » nécessaire, comme à Bruxelles dans les années 60 et 70. Et pourtant, « Bruxelles, ma belle », comme chante Dick Annergarn.

Pour illustrer ces beautés cachées, 23 artistes photographes internationaux exposent à la Centrale for contemporary art leur regard sur Bruxelles. Loin de tous les clichés, celui-ci donne à voir des aspects de notre capitale qui nous ont, pour la plupart, échappés. Ni touristiques, ni attendues, leurs images sont une surprise pour le visiteur.

Puisque la culture forme le regard, il n’est pas surprenant d’observer qu’un artiste japonais comme Satura Toma nous montre  des photos dont le cadrage et les thèmes offrent un lien esthétique évident avec les estampes de là-bas. Le finlandais Elina Brotherus promène son modèle (sans doute sa compagne) dans différents lieux de la ville. Ce corps aimé devient l’étalon auquel il confronte les paysages urbains ou les intérieurs de maison. Le français Sébastien Camboulive arrête son regard sur les passants du parvis de Saint-Gilles: le flux des piétons est comme une danse,  mais c’est aussi la diversité de leurs mises, leurs pas qui font la beauté de ces images. Alan Paiement, de Montréal, décortique un squat situé place des Martyrs. Meubles et objets traînant sur le sol, vues désolées de la façade… comme des secrets dévoilés. Bernard Plossu vient du Vietnam et présente sa vision du fameux café l’Archiduc et d’autres lieux de rencontre. Vincente De Mello, du Brésil, capte en noir et blanc, sur le thème de « Silent city », des détails architecturaux intérieurs ou extérieurs ou l’intérieur d’un tunnel de tram… jouant avec les éclats de blanc et donnant à voir une ville sans âge et poétique.

Depuis plus de 35 ans, l’Espace Photographique Contretype – situé avenue Brugmann dans une splendide maison art nouveau qui fut longtemps abandonnée aux pigeons et au pillage, soutient la création photographique. Depuis 1997, il accueille en résidence des artistes du monde entier, invités à arpenter Bruxelles et à la photographier. C’est cette collection, constituée de 1997 à 2012, qui est présentée aujourd’hui dans son intégralité. Plus de 150 œuvres de 23 artistes sont à découvrir. L’exposition s’articule autour de plusieurs chapitres : territoire et paysage, ruine et passage du temps, autobiographie, … On note qu’à l’Espace Contretype est mis en exergue le travail de femmes photographes en résidence, avec des œuvres complémentaires de celles à voir à la Centrale.

Brussels Unlimited
Centrale for contemporary art
44 place Sainte Catherine
1000 Bruxelles
www.centrale-art.be
et
Espace Contretype
1 avenue de la Jonction
1060 Bruxelles
www.contretype.org
Jusqu’au 28 septembre

BrusselsUnlimited©VincenteDeMello BrusselsUnlimited©SébastienReuzé BrusselsUnlimited©IstvanHalas BrusselsUnlimited©IsabelleArthuis BrusselsUnlimited©FrancoisGoffin BrusselsUnlimited©ElinaBrotherus BrusselsUnlimited©BernardPlossu

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