En exposant pour la première fois une artiste contemporaine, la salle de vente Lempertz démarre une nouvelle programmation qui alternera ventes publiques et expositions d’art contemporain. C’est un bâtiment classé de style éclectique fraîchement rénové qui accueille aujourd’hui Lempertz. On a mis les petits plats dans les grands et l’immense patio intérieur surmonté d’une verrière est le lieu idéal pour y exposer des oeuvres d’artistes actuels.

Marie-Jo Lafontaine est une artiste anversoise, diplômée de La Cambre, qui vit et travaille à Bruxelles. Son travail, qui s’échelonne sur plus de trente ans, explore les médiums de la peinture, de la photographie et des installations multi-médias. Exposée dans le monde entier, de Tokyo à Anvers, en passant par la Documenta de Kassel en 1987, mais aussi au Guggenheim, à la Tate Gallery et au Centre Pompidou, on avait pu la voir en 2013 au château de Chimay, occupant pour son inauguration la petite maison des artistes.

Ici, la série de portraits d’adolescents, “Liquid Crystals”, s’intègre avec bonheur au-dessus des boiseries du patio. Ces immenses photos en noir et blanc sont colorées uniquement au niveau des pupilles des modèles. “Quand le cristal est liquide, il est malléable”, explique l’artiste. “Ensuite, il se fige et on ne peut plus le modeler. Les adolescents sont comme ça. A un moment, ils seront figés par la société. C’est ce moment de grande souplesse que je cherche à capturer chez eux.” Fragiles, fiers, timides, arrogants, effrontés ou tout ça à la fois, ils sont magnifiques, ces jeunes, avec leur visage parfait, leur posture si reconnaissable et un regard si pur. On s’y voit et c’est troublant. On y voit aussi toutes les interrogations de la jeunesse du XXIè s. A la fois purs et impurs, vrais ou tricheurs, solides ou prêts à se briser, ambigus à force de questionnement, féminins et masculins à la fois, à l’aube de leur vie d’adulte, ces jeunes filles et jeunes hommes sont à cet instant qui ne dure pas, celui juste après l’enfance et avant le monde adulte. “Je les choisis dans la rue”, raconte l’artiste. “J’ai des assistants qui vont les chercher et me les ramènent. Il n’y a pas d’inquiétude, puisque le studio se trouve derrière une grande baie vitrée donnant sur la rue.”

Au centre du patio, “Victoria” est une grande installation en cercle dans laquelle on entre pour y découvrir de nombreux écrans vidéos sur lesquels se déroule le même film, synchronisé sur différents moments. On y voit deux hommes qui s’affrontent et se confrontent. C’est sur le thème du territoire que Marie-Jo Lafontaine a travaillé pour cette oeuvre de 1988. Deux hommes se jaugent, s’approchent ou s’éloignent l’un de l’autre. Parfois c’est délicat, comme une danse sensuelle, parfois c’est violent comme un combat, parfois c’est entre les deux, comme un tango syncopé. “L’idée de cette installation m’est venue un jour en observant une bagarre entre deux hommes dans la galerie de la Reine à Bruxelles. Durant la bagarre, les gens se sont massées autour des deux protagonistes. Le fait qu’il y ait de plus en plus de spectateurs les a encouragé. C’était comme un spectacle dont nous étions les voyeurs. Il y a une dynamique entre les intervenants. C’est toujours comme ça et c’est terrible”, dit Marie-Jo Lafontaine. En se déplaçant au milieu de l’installation “Victoria”, nous voilà mis dans le rôle du voyeur, de celui qui, jouissant de la vue cette violence exposée, l’encourage et la modifie, l’accroit et la rend plus importante. Terrible et prenant.

Marie-Jo Lafontaine
Lempertz
6 rue du Grand Cerf
1000 Bruxelles
Du mardi au samedi de 10h30 à 17h
Jusqu’au 10 octobre
www.lempertz.com

 

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