Une rétrospective Seurat ? Cela n’est pas à la portée de tout le monde. Les œuvres sont rares – le peintre est mort à 31 ans et sa technique compliquée ne permettait pas une grande production. On a vite considéré ces œuvres comme un sommet du mouvement impressionniste, donc chères. Les sujets : des petits ports sur la côte du Nord (Gravelines, of all places !), quelques parcs à Paris. Des scènes de cirque aussi, bizarres dans l’impressionnisme. Pas de fleurs, de femmes en fleur, de cathédrales, de vergers, de champs etc. Mais il était inventeur d’une vision et technique nouvelles, qui ont inspiré les jeunes peintres un peu partout, quelque temps. Le moment Seurat continue à fasciner.

Perdu dans d’agréables paysages boisées – et cela au cœur des Pays-Bas – se trouve un musée exceptionnel, le Kröller-Müller. C’est un musée issu de la dynamique commerciale hollandaise, un peu comme le Boymans-Van Beuningen à Rotterdam. Ici, c’est le couple Kröller-Müller, originaire des environs de Düsseldorf, qui initia ce  musée. Leur entreprise est active dans le commerce international de matières premières, à Rotterdam. Ils habitent une grande résidence à La Haye.

Hélène, l’épouse, s’intéresse à l’art, ancien et moderne et à sa dimension spirituelle. Elle a une fascination pour Vincent Van Gogh, au point de faire monter les prix ! En avril 1912, lors d’un bref passage à Paris, elle fait l’acquisition de 15 tableaux de Van Gogh, d’un Seurat et d’un Signac ! Quelques semaines plus tard, elle achète à Amsterdam encore 4 Van Gogh, dont le Pont à Arles pour un prix record pour l’artiste, et de plus Corot, Toorop, Redon et Daumier…  Elle finira par avoir 87 tableaux et 182 œuvres sur papier de Van Gogh ! Et bien d’autres choses, de Cranach l’ancien à Gerard David, de Picasso à Derain.

Hélène partageait  avec son mari Anton, un goût pour l’architecture. Ils étaient en contact avec Gropius, Behrens, Berlage, Mies van der Rohe et Henry Van de Velde, pour l’aménagement de leurs résidences. C’est Berlage, architecte de la Bourse à Amsterdam, qui eut la commande de leur construire une villa monumentale, plutôt un relais de chasse, « Sint-Hubertus » (1915-1920).

Pour assurer la survie de l’énorme collection, une des plus intéressantes au monde, une fondation fut créée dans le but de construire un musée et de le léguer à l’état hollandais. Henry Van de Velde était prié de dessiner ce musée, gigantesque au départ. Un changement de fortune fit que seul une version réduite de la partie centrale fut effectivement bâtie.

C’est toujours un des musées les plus agréables qui existent pour s’y promener. La collection, qui comprend 6 œuvres de Seurat (4 tableaux et 2 dessins ) offre un panorama spectaculaire de l’art autour de 1900.  Notons parmi les Seurat le Coin d’un bassin à Honfleur, que l’artiste avait offert à Emile Verhaeren, critique influent. Hélène l’a achetée dans sa famille. Quant à Port-en-Bressin un dimanche, ce tableau était accroché dans la maison Bloemenwerf de Van de Velde, à Uccle, jusqu’au moment où l’architecte le vendit au collectionneur allemand Karl Osthaus. Quand, après sa mort, la collection de celui-ci fut dispersée, Hélène était là pour l’acheter. Et Van de Velde put continuer à admirer « son » Seurat, en travaillant au projet de musée.

Signalons qu’un collectionneur belge, Henri Van Cutsem, fut un des premiers acheteurs de Seurat. Vous trouvez ici La grève du Bas-Butin, du musée de Tournai, mais acheté bien avant Hélène Müller, tout comme son dessin de Van Gogh, acheté pendant un salon des XX. Henri Van Cutsem avait aussi l’intention de faire construire un musée pour sa collection, par Horta. Mais sa mort précoce et la dévaluation de 14-18 n’ont pas permis la réalisation complète de son projet, aussi généreux, dans l’esprit, que celui d’Hélène.

Seurat, Maître du Pointillisme
Kröller-Müller Museum
Otterlo
Jusqu’au 7 septembre

www.krollermuller.nl

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