C’est une porte vitrée à quelques pas de la piazza della Cisterna, à San Gimignano. En entrant dans la galerie Continua, on est accueilli par de larges tableaux en relief. Mélangeant formes et couleurs, l’artiste réalise de grands formats abstraits et pourtant complètement ancrés dans le réel via les matériaux utilisés: des textiles récupérés dont on distingue ça et là une couture, une boutonnière, une tirette.

Pascale Marthine Tayou est un artiste camerounais né en 1966 qui vit et travaille à Gand. Actif depuis le milieu des années 90, il a participé à de nombreuses expositions internationales, comme Documenta 11 en 2002, la Biennale de Venise en 2005 et 2009, … Il a exposé dans de nombreux musées tels que le Kunsthalle de Vienne, le Museum of Contemporary Art de Chicago, le Grand Palais à Paris, la Tate à Londres, … ainsi que dans plusieurs solo shows dont un en Belgique au S.M.A.K. de Gand en 2004, au Mudam, Luxembourg en 2011 et à La Villette, Paris en 2013…

Continuons plus loin notre cheminement dans la galerie. Soudain cela s’ouvre sur un spectaculaire espace: la galerie est installée dans un ancien théâtre et cinéma. La vaste salle de spectacle est prolongée par une scène d’un côté, ainsi que par un long balcon de l’autre côté. Tout l’espace réservé avant aux fauteuils des spectateurs est occupé par avec une immense installation, “Falling Houses”, composées de photos de cabanes africaines montées sur panneaux. Installées la tête en bas, ces maisons sont placées de manière à composer un volume, créant quatre espaces dans lesquels le visiteur peut se promener comme dans un labyrinthe. Des accessoires tels que des paniers, textiles, outils, … complètent l’installation. S’y dit un environnement excentrique, coloré et pourtant d’une extrême pauvreté. S’y disent en sensations puissantes les raisons presque incompréhensibles pour les Européens du besoin de migration des Africains.

Sur la scène, un ensemble de calebasses teintées de couleurs vives fait comme un nuage. Derrière la scène, une autre surprise, avec cette installation de branchages retenant des sacs plastiques de couleurs vives, qui parle de la pollution de la nature via une image totalement esthétique.

Il est difficile de décrire le processus de création de Tayou, tant il est perpétuellement suspendu entre des narrations colorées et magiques du quotidien et le besoin de mixer les situations, les particularités des humains et les géographies. Recueillant dans sa vie mais aussi au cours de ses voyages les éléments de ses compositions, il active ensuite celles-ci dans un mouvement créatif très poétique, mais aussi énergique, puissant, spontané, violent et plein d’humour.

Sur la droite du balcon, de somptueux totems réalisés en verre coulé transparent sont garnis de colliers et autres éléments issus des arts populaires africains. Tension des matières, tensions des origines, encore.

Pascale Marthine Tayou se définit comme un voyageur plutôt que comme un artiste. Vivant à Gand, il a importé en Toscane ses mémoires du Cameroun, frottées à la réalité du monde occidental. “Je suis insatibale, je veux constamment me révéler. Parfois je me cache à moi-même dans un miroir, et souvent je le casse, je le brise.”, dit-il.

D’autres espaces plus petits permettent de continuer le voyage dans l’oeuvre de cet artiste prolifique qui donne à voir ici des oeuvres de qualité muséale. Des petites maisons recouvertes de textiles, miniatures symbolisant le home douillet, une rangée de porte-manteaux assemblant textiles, sacs, bijoux, coquillages… Des accumulations d’éléments récupérés hétérogènes,  colorés, détachés de leur usage premier, comme ces nuées d’assiettes en plastique… Il y a de l’ironie dans ce que donne à voir l’artiste sur son pays d’origine, et sur l’Afrique en général. C’est comme s’il invitait les Occidentaux à s’interroger sur leur image forcément simpliste de ce continent.

Les dieux, les totems, les divinités, les objets du quotidien se mélangent et montrent un grand bazar qui contente notre oeil, mais interroge notre regard. Que savons-nous d’autre de l’Afrique que sa pauvreté et que ses rites primitifs? Rien. Que sommes-nous prêts à voir de cette tenstion entre la situation économique des Africains et leur désir d’Occident, nous qui avons soif d’un retour aux sources un peu simpliste? C’est cet aller-retour tendu entre différentes réalités perçues par cet artiste voyageur, cette complexité, qui sont à voir ici. Un détricotage en règle des clichés d’ici et de là.

C’est extrêmement puissant, particulièrement l’immense installation centrale, qui dégage une grande violence. Dans d’autres coins plus intimes de la galerie, la poésie nous saute au visage. L’autre tension à observer est celle entre culture et nature. Dont ces boîtes en bois sur lesquelles il fait se pencher pour y voir des petites vidéos qui déroulent des sources, des ruisseaux et le bruit de l’eau qui coule.

Update!
Pascale Marthine Tayou
Galleriacontinua
San Gimignano
Italie
Jusqu’au 30 août
www.galleriacontinua.com

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