Jeane Bastien – Moens (1947-2014)

Jeane Bastien – Moens (1947-2014)

Le monde culturel bruxellois perd une grande dame, Jeane Bastien-Moens. Elle est décédée il y a quelques jours à la suite d’une maladie (heureusement) très rare, mais malheureusement incurable. Elle a vécu cette épreuve avec son courage habituel, en toute dignité.

C’est évidemment le moment de repenser à son œuvre, sa galerie, située, rue de la Madeleine, dans une maison historique, qui a survécu au bombardement du quartier par les troupes de Louis XIV, au mois d’août 1695.

Jeane n’est pas né dans une famille de collectionneurs, mais elle montre un intérêt spontané et très vif pour l’art, qui se concrétise aussitôt que la possibilité se présente, dans l’ouverture d’une galerie.

Cette galerie a connu un développement dynamique, qu’on pourrait résumer en Belgique-Europe-Monde. Elle n’a, de plus, jamais eu de problème à montrer l’œuvre de femmes, bien avant qu’elles ne soient devenues un peu célèbres et grand-mères.

On observe, au départ, un intérêt pour des artistes bruxellois, comme Pierre Caille et Arthur Grosemans. Elle s’intéresse aussi à Colette Bitker (4 expositions) et Gisèle Van Lange, ainsi qu’à Hanneke Beaumont, dont on peut voir une belle pièce à l’entrée de l’hôpital Erasme.

La galerie ouvre alors une perspective plus internationale. L’artiste liégeois Armand Rassenfosse en est le meilleur exemple. La galerie publie une monographie sur l’artiste avec des contributions de spécialistes anglais, américains, français, hollandais, allemands et belges !

Jeane a de bons contacts en France, notamment avec Zao Wou Ki , déjà un Chinois mais bien parisien. C’était toujours un grand plaisir de pouvoir assister à ses conférences de presse. Pouvoir entendre les souvenirs de Zao Wou Ki à propos de Picasso, par exemple, était un privilège. Jeane avait l’art de mettre tout le monde à l’aise et elle veillait à tous les détails. La galerie participait à de nombreux salons et elle tenait à faire bonne impression avec un bel ensemble – cela va de soi – mais aussi par une présentation originale du stand, notamment pour Chaissac.

L’artiste chinois le plus célèbre que Jeane ait jamais invité, est le prix Nobel de littérature 2000, avec le roman, ‘La Montagne de l’âme’ (toujours interdit en Chine d’ailleurs), Gao Xingjian, également un peintre exceptionnel. Elle sut créer tout un programme autour de cette exposition, avec l’aide de l’ULB. Notons encore Zhu Wei (première exposition en Europe !), Chu-teh-Chun, etc…

Son intérêt pour l’Orient ne se limitait pas à la Chine. Elle invitait également une artiste coréenne, Bang-Hai-Ja, qu’elle exposait quatre fois ! Et tout récemment on pouvait voir un ensemble original et intéressant de la peinture indienne contemporaine. Elle avait fait la prospection sur place, personnellement. Jeane tenait à avoir tout en main, pour un projet, et était exigeante, pour les autres comme pour elle-même.

La dimension orientale de sa galerie est assez unique, en Belgique. Elle aurait pu se contenter de travailler avec le grand groupe d’artistes qu’elle avait déjà réunis. Mais sa curiosité intellectuelle et artistique a eu le dessus. On peut se demander ce que Jeane aimait le plus. Elle était ouverte à beaucoup de styles différents, mais avait peut-être une prédilection pour l’abstraction (pas trop géométrique). Il y quelque chose entre Grosemans et Gao Xingjian, pour qui regarde attentivement. Cela ne signifie pas que la figuration était exclue – pour preuve les 4 expositions de Robert Combas, Pierre Bayard, Hervé et Richard di Rosa, très figuratives et pleines d’humour.

Good bye, Jeane. With love…

A propos de l'auteur

Joost De Geest

Journaliste
“J’ai découvert l’art à l’Expo 58 et comme étudiant, à Gand et Bruxelles. Tout en suivant une formation universitaire jusqu’au doctorat, j’ai poursuivi l’étude des techniques artistiques à l’académie de Boitsfort. Curieux, je suis toujours à la recherche d’oeuvres intéressantes et de noms oubliés par le marché.”
Joost De Geest a débuté comme critique littéraire à BRT-3, puis comme critique d’art pour De Standaard, ... Auteur de monographies d’art - “Les 500 chefs-d’oeuvre de l’art belge” (Le Soir), il a été conservateur de la collection d’art du Crédit Communal/Dexia avant la crise.

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