Est-ce que les managers femmes travaillent différemment des hommes ? Et dans le monde de la culture, existe-t-il une patte féminine ? C’est la question qui a été posée à 6 femmes aux commandes de lieux d’art ou d’organisations liées à la culture.

A.Vierstraete-K.GregosAnne Vierstraete, directrice business d’Art Brussels et directrice de la section Art & Antics d’Artexis depuis fin 2013. Katerina Gregos, directrice artistique d’Art Brussels depuis 2013.

Anne Vierstraete a travaillé 18 ans à la tête du service marketing et communication de la banque Degroof. Elle s’y est, entre autres, occupée du mécénat pour le Musée Van Buuren, pour lequel la banque a obtenu un Caïus 1994. Ensuite elle prend la direction du Fond Erasme pour la Recherche Médicale de 2002 à 2010. Lors d’Art Brussels 2013, nous avions déjà pu découvrir une nouvelle directrice artistique, Katerina Gregos, qui a donné une impulsion artistique  plus large à la foire bruxelloise. C’est donc une direction bicéphale et une équipe entièrement féminine qui prévaut aujourd’hui à la production d’Art Brussels.

Pour une femme, ça reste difficile de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée et, d’autre part, je suis convaincue qu’un collaborateur heureux sera un collaborateur qui travaille bien », dit Anne Vierstraete. « Je pratique un management participatif, chacune sait ce qu’elle a à faire. On bosse énormément et on rit beaucoup. C’est une ambiance saine et il n’y a pas de compétition. Lors des réunions, nous essayons Katerina et moi que chaque membre de l’équipe s’exprime. Il y a une grande confiance en les compétences de chacune. Je demande à tout le monde d’être au bureau les lundi et mardi. Ensuite, chacune gère son temps comme elle l’entend. Nous travaillons au résultat.

IrèneLaubIrène Laub, directrice de la galerie Feizi (www.feizi-gallery.com)

Venue du monde des affaires, Irène Laub expose depuis 2006 des artistes chinois. Sa galerie Feizi, de la rue de l’Abbaye, s’est ouverte en 2012.

« Y a t il un management au féminin ? Je n‘ai jamais pensé en ces termes. C’est sûr qu’une femme est plus complexe et peut assurer beaucoup de choses sur plusieurs plans. Je ne suis pas sûr que les hommes puissent jongler entre les aspects  émotionnels et rationnels comme nous.  Cet aller-retour entre émotionnel  et rationnel transpire dans notre manière de gérer une équipe. Peut être pouvons-nous plus facilement harmoniser toutes “nos vies”, personnelle, professionnelle… Cette intégration nous rend plus souple, plus rapide, plus pragmatique, plus à l’écoute.”

 

 

 

Claire Leblanc, docteur en histoire de l’art et directrice du musée d’Ixelles (www.museedixelles.irisnet.be)

« Le management n’est pas genré. Il s’apprend par la fonction, dans le projet. C’est l’équipe qui donne la manière. Ma vision pour le musée est elle féminine? Non, c’est selon ma personne. Même si je suis compréhensive pour des problèmes de gestion de quotidien de mes collaboratrices. Il n’y a pas de code typiquement féminin. Ma manière de travailler est définie par ma personnalité, le lieu et l’équipe de travail. »

 

mariepokMarie Pok, directrice de Grand Hornu Images (www.grand-hornu-images.be/)

Précédemment journaliste et co-créatrice et organisatrice depuis 2006 du Design September, Marie Pok a pris la direction du Grand-Hornu Images en 2012.

« La direction du Grand Hornu Images ? Il s’agit d’un challenge important pour moi. J’hérite de Françoise Foulon, l’ancienne directrice, d’un fameux bagage et d’un important carnet d’adresses. »

Sophie Hasaerts-(c)saskia vanderstichele
Sophie Hasaerts-(c)saskia vanderstichele

Sophie Hasaerts, directrice artistique  de Hangar H18 gallery & Openspace (www.h18.be), directrice de 2009à 2013 de la galerie Obadia à Bruxelles.

« Les femmes sont aujourd’hui aussi professionnelles que les hommes. Ce n’est plus le débat. Je ne crois pas que le management est différent suivant que vous soyez un homme ou une femme. C’est plutôt une question de personnalité. Tous les individus sont différents et se projettent tous différemment dans un travail. C’est vrai que les femmes travaillent beaucoup, elles se fixent des objectifs, des impératifs. Nous avons une approche plus ronde, plus diplomate. Les femmes sont très incisives et très précises sur certains domaines. Les femmes sont plus dans la manière de faire, les hommes plus dans le résultat. Il y a une grande complémentarité. Ce que j’aime c’est de rassembler des points de vue, pour trouver une cohérence, pour faire aboutir un projet. Le discours multi-facette de l’art convient bien à un management féminin. »

 

 

Diane Hennebert
Diane Hennebert

Diane Hennebert, directrice artistique de la fondation Boghossian à la Villa Empain.

Quelles qualités spécifiquement féminines faut-il avoir pour gérer un lieu comme la Villa Empain ?

« Je suis terriblement individualiste, ce qui, à mon sens, est une qualité. J’essaie d’articuler les choses à faire, plutôt que de cloisonner. Je tisse des liens. Les choses s’installent, je mets beaucoup d’humain. Je n’ai pas l’impression d’être autoritaire, plutôt tentaculaire. Je crois que j’arrive à transmettre des enthousiasmes, à fédérer. Deux autres qualités féminines : la polyvalence et le manque d’ego, atout majeur qui permet de connaître ses capacités. Nous les femmes n’avons pas le droit à l’erreur, nous travaillons plus que les hommes. Je raconte toujours que s’il y a un papier par terre, un homme organise une réunion, une femme ramasse le papier et continue. »

Quels conseils donnez-vous aux femmes ? « Ne pas avoir peur d’entreprendre. Ne jamais croire que ce n’est pas notre place. Soigner son réseau. Oser travailler dans les domaines qui ne nous sont pas traditionnellement destinés. »

 

Isabelle Anspach
Isabelle Anspach

Isabelle Anspach, historienne de l’art, directrice du Musée Van Buuren.

« Ma base de travail c’est l’intuition et la spontanéité. Je ne suis pas protocolaire. Je suis mes idées coups de cœur. Ca surprend les collaborateurs extérieurs mais ça ne nous empêche pas d’avancer. J’ai été à l’école Hamaide en primaire et nous étions 2 filles pour 20 garçons. Je crois que la petite enfance est fondamentale pour forger le rapport aux hommes. Je me sens leur égale. Dans mon travail, je suis le chef, c’est-à-dire  la locomotive du projet. Mais chacun a sa place. Je suis plutôt autoritaire mais il n’y a pas de rapport de force avec les membres de l’équipe. Je ne suis pas carriériste. Je vais vers ce qui me passionne. »

Passion, puissance de travail, parfaite connaissance de leurs dossiers sont les atouts majeurs de ces femmes managers. A bon entendeur.

 

 

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