En matière d’art africain, c’est toujours la même chose: des pièces parfois très savamment travaillées, des prix qui ne cessent de monter. Quant au nom de l’artiste et la provenance, mystère. Ou à peu près. Il va de soi que des pièces exceptionnelles sont des œuvres d’artistes tout aussi exceptionnels. Personne ne dira de la Chapelle Sixtine que la main d’œuvre romaine montre là un bon niveau pour l’époque… Mais c’est ce qu’on a raconté pendant un bon siècle à propos de l’art africain. Que l’on a, de surcroit, longtemps divisé d’après des frontières tracées sur une feuille de papier dans un salon berlinois, en 1884-1885! Cette situation est devenue intenable. Le public a droit à une information sérieuse, de niveau scientifique. Le marché commence à s’en rendre compte.

L’exposition « Maîtres africains. Art de Côte d’ivoire » à la Bundeskunsthalle de Bonn en est un signe certain. L’ambition est de montrer des pièces avec attribution à un maître. Il faut savoir que les sculpteurs jouissent d’un statut de vedette dans les communautés locales, parce qu’ils inventent des figures qui n’existaient pas. Ils matérialisent en quelque sorte des rêves. On se rend compte aussi que les tribus n’avaient pas vraiment de frontières et que tout pouvait se mélanger sans drame ni problème. Le mythe de l’artisan anonyme qui reproduit fidèlement le modèle des ancêtres ne semble reposer sur rien d’autre que des commandes de coloniaux, acheteurs de « souvenirs »  et du marché de l’art.

Les deux commissaires suisses du musée Rietberg à Zurich, E. Fischer et L. Homberger, soulignent la collaboration de grands musées d’art africain comme Tervuren, Branly, Metropolitan NY, le musée des civilisations de Côte d’Ivoire (Abidjan) et de collectionneurs, notamment Bernard de Grunne (Bruxelles). En tout 60 partenaires.

On aborde cet art désormais avec la même méthodologie utilisées pour les nombreuses peintures sur panneau, anonymes, de l’époque des primitifs flamands ou italiens. Les œuvres sont groupées selon une parenté plastique, technique et matérielle, tout en tenant compte de la provenance. Il est difficile, dans une société sans archives écrites, de retrouver noms et données précises d’artistes d’il y a trois ou quatre générations. Il existe cependant une tradition orale, qui reflète la réputation des artistes.

Le rapprochement de ces sculptures, dont beaucoup se trouvent dans des collections occidentales depuis presqu’un siècle, est absolument convaincant. On n’a aucun mal de distinguer la main de l’artiste dans les groupes proposés. Et de noter les différences entre l’exemple original et des pièces qu’il a inspiré. Les sculpteurs voulaient, de plus, embellir la vie quotidienne – en transformant une simple bobine de fil à tisser en « bijou », par exemple.  Vous retrouvez des pièces qui ont appartenu à des artistes importants. C’est le cas du masque aux cornes, attribué au Maître Vlaminck (parce que propriété du peintre Maurice Vlaminck  dans les années 1920. Origine : région Baule). Le raffinement de l’exécution est fascinant.

La tradition artistique de ces régions continue à se développer, en contact avec le monde occidental. A souligner ici le rôle du musée d’Abidjan, qui assume pleinement sa mission dans la redécouverte de l’art ancien et la promotion d’artistes contemporains qui en valent vraiment la peine !

Maitres africains. L’art de la Côte d’Ivoire
Bundeskunsthalle Bonn
jusqu’au 05 octobre

www.bundeskunsthalle.de

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