Annick et Anton Herbert découvrent, en 1973, l’art minimal grâce à Fernand Spillemaeckers, directeur de la galerie bruxelloise MLT. Celui-ci les emmène à Düsseldorf visiter la galerie de Konrad Fischer. C’est une tête d’affiche de l’époque, au même titre que Yvon Lambert en France ou que Leo Castelli aux Etats-Unis. « Fernand Spillemaeckers nous a fait subir quelques jours de lavage de cerveau », explique malicieusement Anton Herbert. « A partir de ce moment nous avons sillonné l’Europe pour rencontrer les artistes et collectionner leurs œuvres. »

En juin 2013,  le couple a ouvert la remarquable Herbert Foundation le long d’un canal à Gand. Centrée sur les artistes des années 1960 à 1980, la collection a trouvé un lieu pour être vue, mais aussi pour être accessible aux chercheurs et historiens de l’art. Depuis juillet on peut y voir le deuxième accrochage de la fondation, en deux expositions différentes.

Car Annick et Anton Herbert ont conservé et collectionné avec soin tous les éléments imprimés, publiés et produits autour, avec et pour les artistes et leurs expositions. Ainsi, invitations, posters, catalogues, brochures, livres d’artistes sont présents en nombre dans la collection, témoins importants d’une époque. Via leur aspect graphique, tout d’abord (typographie, couleurs, mises en page, format), ainsi que via leur contenu, bien sûr.

L’idée qui a initié l’exposition à voir au rez de chaussée, “Genuine Conceptualism”, est d’ouvrir les archives de la fondation aux chercheurs et, dans le même temps, de construire une première exposition à partir de celles-ci. Pour cela, c’est une critique d’art et commissaire spécialiste de cette période qui a été invitée à mettre en place l’exposition. Lynda Morris est une amie du couple Herbert depuis les années 1970. Elle a  mêlé des éléments de ses propres archives, dont de nombreuses lettres d’artistes ou aux artistes, autour de leurs expositions en train de se monter, aux archives des Herbert. Il faut du temps pour se pencher sur tous les documents et sur les coupures de presse et magazines d’art de l’époque. Mais c’est une occasion formidable de comprendre les implications des artistes dans la société de l’époque. Sur un petit bureau, on peut même consulter soi-même quelques magazines soulignés de simples post-it.

En 1969, Lynda Morris est nommée responsable de la libraire de l’ICA (Institute of Contemporary Arts) à Londres. Dans la même ville, elle a organisé, avec Konrad Fischer, l’exposition, née à Bern “When Attitudes Become Form”, dont on a pu voir une reconstitution fidèle à la fondation Prada à Venise en 2013. Terminant ses études en 1971 au Royal College of Art, elle commence à travailler comme assistante de Nigel Greenwood, concevant, avec Germano Celant l’exposition “Book as Artwork 1960/1972″. On en voit une re-présentation ici, avec des rangées de livres debout sur une latte courant le long des murs. En tant que journaliste free-lance, elle a suivi de près les artistes tels que Art & Language, Carl Andre, Joseph Beuys, Andre Cadere, Gilbert & George, David Lamelas ou Mario Merz.

Notons des coupures de presse scandalisées à propos de l’achat par un musée londonien d’une oeuvre de Carl Andre composée de briques de construction, ainsi que quelques dessins de presse, sur le même sujet, très drôles.

De nombreuses vitrines présentent des livres d’artistes, c’est à dire en exemplaire unique ou en très petite édition, produits par Gilbert & George, Sol LeWitt ou Marcel Broodhaerts…

On note une série de photos de vernissage d’une exposition de Jacques Charlier (des archives, donc), que l’artiste utilise pour créé une oeuvre, qui est elle-même présentée via un autre vernissage et prise en photos. Une mise en abîme pleine d’humour.

Pointons encore des photocopies de coupures de presse des performances d’André Cadere, qui se promène dans des expositions muni de son bâton composé de rondelles de couleurs. Posant cet objet ici et là, il lui donne valeur d’oeuvre d’art, à la vue de tous, et faisant fi des oeuvres exposées.

De cette période où fleurit l’art conceptuel, il faut clairement prendre le temps de découvrir les éléments présentés, de les comprendre et de comprendre leur impact explosif dans le monde de l’art de l’époque. C’est passionnant, foisonnant, érudit et très soigneusement présenté.

Dès 1980

A l’étage, voici “Use Me”, une exposition qui tire son nom de la petite gravure de Bruce Nauman à voir en entrée.  C’est la deuxième exposition d’oeuvres de la fondation en ses murs. Elle se concentre sur la génération d’artistes des années 1980 et est complétées par des prêts venant de collections privées et publiques.

C’est à partir du milieu des années 80 qu’on assiste à l’émergence des collectionneurs investisseurs.  L’art devient un moyen de spéculation. Les artistes se voient contraints de définir une nouvelle position pour leur pratique artistique. Par défense ou par sarcasme. Ils y mettent de la poésie, de la cruauté et souvent de l’humour.

Les oeuvres, toutes de très grands formats: installations, sculptures, peintures, sont de qualité muséale. Katharina Fritsch nous présente un collectionneur, “Händler”, tout en rouge, dont un pied est remplacé par un sabot de diable, Wil Delvoye, un goal de football en vitrail décoré, “Finale II”, dont l’usage semble légèrement compromis! Mais encore, “Drain” de Robert Gober, l’extraordinaire film de Paul McCarthy, “Painter”, un très poétique « Inventaire » de miroirs et un bassin de verre, de Jean-Marc Bustamante…

Deux petites brochures sont disponibles, qu’on peut emporter, ainsi qu’un catalogue, qu’il faut bien sûr conserver avec soin!

Genuine Conceptualism
Et
Use Me
Herbert Foundation
Coupure Links 627 A
9000 Gand
www.herbertfoundation.org
Jusqu’au 8 novembre 2014
Du jeudi au samedi

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