Si vous sortez de l’exposition en vous disant ô combien la mode est riche, les étoffes belles et raffinées, les savoir-faire de ceux qui travaillent dans l’ombre aux quatre coins du monde exceptionnels et les sources d’inspiration multiples, Dries van Noten aura gagné son pari !

Le créateur anversois, diplômé de la fameuse Académie d’Anvers, né dans le milieu – le textile est une tradition familiale – a conçu l’exposition comme un travail d’introspection, une réflexion sur lui-même, sur sa façon de travailler en tant que couturier ainsi que sa relation à l’art et à d’autres domaines qui le passionnent : « L’exercice a été très intéressant parce qu’il nécessitait de prendre du recul par rapport à mon propre travail… tout en me demandant si je méritais une exposition dans un musée, et si mes créations allaient tenir le coup à côté des vêtements incroyables qui composent le collection des Arts décoratifs. »

Une exposition pensée comme une invitation à un voyage intime et affectif dans l’univers du créateur, un itinéraire à travers ses sources d’inspiration sous toutes ses formes : à commencer par un tableau comme « Democrates are more beautiful » d’Elisabeth Peyton (collection homme printemps-été 2009) ou plus simplement encore une couleur comme le rouge d’un tableau de Mark Rotko, le bleu dans lequel baigne Capri une grande majorité de l’année et encore une exposition comme celle de Francis Bacon à Londres : « Quand j’ai visité l’exposition, j’ai été autant choqué qu’épouvanté, c’était presque impossible à assimiler. Tout le monde a qualifié l’ensemble de ses œuvres d’intense et je ne saurais mieux dire… C’est une des expériences les plus profondes que j’ai jamais vécues. J’ai été immédiatement sidéré par son sens de la couleur, par l’énergie de sa pâte et par le fait qu’elle comprend des teintes et des nuances qu’on n’utilise pas dans l’habillement. Et j’ai eu envie de voir ce que cela donnerait sur des vêtements… Le résultat final devait susciter une émotion : il fallait aimer ou détester la collection, selon que vous la trouviez belle ou laide ou les deux à la fois. Il fallait que les vêtements soient portables et séduisent. 0J’aimerais par exemple que le visiteur saisisse les répercussions de l’impact que Francis Bacon a eu sur moi. »

Sources d’inspiration multiples, influences nombreuses de par le monde, ses collections sont au fil du temps les traces d’une expérience personnelle: voyages fantasmés, lieux exotiques que Dries fait surgir de son imaginaire à partir de souvenirs empruntés aux traditions ethniques et folkloriques de l’Inde, de la Chine, de l’Afrique et du Mexique, pour ne citer que ceux-là. Un vocabulaire esthétique immédiatement identifiable. On assiste alors à la création de collections aux tissus d’un raffinement extrême présentés au cours de défilés dans des lieux improbables, mais toujours en lien avec le thème de la collection. On dit que certains de ses défilés figurent parmi les plus marquants des deux dernières décennies. Qui a dit que la mode n’était pas du domaine de l’œuvre d’art ?

Un parcours jalonné d’œuvres d’artistes majeurs prêtées exceptionnellement comme Kees Van Dongen, Yves Klein, Victor Vasarely, Francis Bacon, Damien Hirst mais aussi d’extraits de films comme « Orange Mécanique » de Stanley Kubrick et « La Leçon de piano » de Jane Campion.

A la question de savoir quelles sont les priorités du styliste aujourd’hui tant pour lui-même que pour son entreprise, il répond : « Je n’ai jamais eu l’intention de créer une entreprise vraiment importante avec un magasin dans chaque grande ville. J’ai une responsabilité vis-à-vis des personnes avec qui je travaille. Nous travaillons notamment avec des gens en Inde pour les broderies, avec des tisserands en Italie et en France qui s’engagent fortement pour moi à chaque saison et je me sens également responsable vis-à-vis d’eux. Je ne peux pas soudainement décider que nous n’emploierons aucune broderie cette année. Nous faisons donc en sorte qu’à chaque saison, nous ayons suffisamment de pièces de broderie à vendre pour assurer le travail des quelques deux ou trois mille personnes concernées en Inde. C’est aussi vrai pour les fournisseurs de tissus, pour les fabricants et l’équipe anversoise que je perçois comme ma famille. Ce n’est pas une petite entreprise, après tout, eu égard à toutes ces responsabilités envers tant de monde, mais je ne suis pas non plus seulement un homme d’affaires qui ne se préoccupe que de chiffres. » Qui a dit que le mode n’était pas un domaine de gens responsables ?

Enfin une mention spéciale pour le catalogue qui est une prolongation de ce merveilleux voyage dans l’intimité visuelle du créateur, illustré par les photographies de Koen de Waal qui dévoilent la maison et le jardin du styliste, autres lieux forts de son inspiration, en plus des images de l’ensemble de ses collections depuis presque 30 ans.

Dries Van Noten
Inspirations
Musée des Arts décoratifs
Paris
Jusqu’au 2 novembre 2014
Du mardi au dimanche de 11h à 18h
Nocturne jeudi jusqu’à 21h

www.lesartsdécoratifs.fr

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2 Réponses

    • Muriel de Crayencour
      Muriel de Crayencour

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