Pénétrer dans l’enceinte verdoyante du Musée Quai Branly est déjà en soi une aventure sensorielle. Ce musée consacré aux arts premiers propose de ressusciter la culture pop polynésienne, celle que nous avons tous inconsciemment ou pas relégué au rang de « produits » de mauvais goût et ringards ! Rappelons-nous des tabourets de bar en raphia, des boules en verre soufflé emprisonnées dans des filets de pêche, des figures en bois des îles et des chemises hawaïennes… Ces objets firent pourtant rêver la génération des héros américains de la Seconde guerre mondiale, ceux qui furent envoyés dans les mers du Pacifique, la plupart pour y laisser leur peau, et quelques uns pour y ramener une sublime vahiné.

Déjà au 19ème siècle, Melville, qui fut matelot dans les mers du Sud, laissa un roman évoquant sa rencontre avec l’exotisme, tandis que Pierre Loti découvrit la mystérieuse île de Pâques. Le peintre Paul Gauguin participa également au mythe du « Bon sauvage » en symbiose avec la déesse Nature. Les îles du Pacifique ont longtemps symbolisé la découverte du Paradis perdu, le lieu où l’innocence et l’insouciance sont les seules valeurs, loin des vicissitudes de la civilisation.

Lorsque les Américains redécouvrent cette pureté préservée, ils ramènent la musique hawaïenne et aussi Tiki, figure de l’idole primitive, qui devient le dieu américain des loisirs. Les images stéréotypées de la « hula girl », la pirogue et l’ananas trouvent leur expression ultime dans le Tiki. Fantasme d’un amour dégagé de toute contrainte, l’ancestral dieu Tiki libère la culture américaine. Porté par les films entretenant le mirage des mers du Sud, le Polynesian Pop envahit les night-clubs et les soirées jet-set. Une architecture naît de l’union des formes fuselées et technologiques et de la simplicité des statues primitives. Tiki devint un genre décoratif à part entière éclairant tous les espaces de détente, union mythique de la civilisation et de l’insouciance.

Sven Kisten, commissaire et scénographe de l’exposition, présente 2/3 de sa collection personnelle parmi les 450 objets en tout genre (couvertures de magazines des années 50, éditions originales de romans emblématiques, statues polynésiennes, etc.) que nous avons découvert avec une certaine dose de nostalgie teintée de ce questionnement : « Pourquoi revivre cette époque si dépassée… ? ». Pourtant, au fil des émotions devant le beau Marlon Brando et son épouse (ses épouses ?) hawaïenne, assise dans le bar Tiki avec une envie folle de goûter un cocktail Malibu, baigné de musique jazzy-lounge, on se surprend à regretter ces années où le rêve d’une terra incognita était encore possible, où les rêves étaient accessibles simplement en poussant la porte d’un bar Tiki… Donc, oui, je recommande une plongée rafraîchissante dans cette exposition, pour le plaisir et encore le plaisir tout simplement.

Tiki Pop
Musée du quai Branly
Paris
Mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h
Jeudi, vendredi et samedi de 11h à 21h
Jusqu’au 28 septembre

http://www.quaibranly.fr

www.thalys.com

 

Kon-Tiki Polynesian restaurant, Montreal, 1958 Un avant-goût de paradis

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.