Le Palais de Tokyo fut le premier bâtiment créé en 1937 à Paris dans le seul but de devenir un musée d’Art moderne. Lorsque la collection qu’il abritait fut déplacée au Centre Pompidou, il devint un Centre d’Art Contemporain, sorte d’accélérateur de particules créatives. Remodelé en 1999, ses surfaces brutes aux allures de chantier permanent se prêtent à toutes les scénographies artistiques. Vouées à être éphémères, les œuvres que le Palais de Tokyo présentent sont fortes et audacieuses.

Lorsque nous nous y sommes rendus mi juin, une grande partie du lieu était envahie de milliers de pneus selon un parcours réalisé par l’artiste Thomas Hirschhorn. Il y régnait une atmosphère type « subway », entre des canapés recouverts de scotch et des messages sociaux. Ailleurs, l’exposition « 100 ans plus tard » laisse à voir les œuvres d’une douzaine d’artistes qui partagent leur talent lors de discussions autour de la cérémonie d’ikebana, l’art de la composition florale japonais, avec un maître de cette discipline de patience et de beauté.  Ces artistes en résidence dans un des laboratoires du Palais de Tokyo expriment chacun leur ressenti face à cet art où même ce qui ne dure pas doit être réalisé avec la discipline de cette question « Ce bouquet aura-t-il une valeur dans 100 ans… ? »

Au détour de notre voyage, notre regard est attiré par un arbre monumental s’extrayant de structures en béton : c’est Baitogogo, une œuvre du brésilien Enrique Olivera. Déploiement organique, l’arbre « bon marché » abrite l’espace dédié aux activités pour enfants, évoquant dès lors la précarité de nombreux petits brésiliens. Notre guide nous invite à franchir les portes de sortie de secours nous menant dans un lieu complètement urbain baptisé « le projet Lasco » en référence aux célèbres grottes.  Cinquante artistes ont laissé libre cours à une explosion de couleurs, de graffitis, de traces sanglantes et superbes : renseignez-vous pour voir cet espace !

Enfin, last but not least, l’exposition consacrée au photographe japonais Hiroshi Sugimoto fut l’apothéose de cette virée asiatique. « Aujourd’hui le monde est mort », qui évoque certainement le début du plus célèbre roman d’Albert Camus (Aujourd’hui maman est morte…), traite de la fin de l’humanité selon 33 interprétations personnelles (un astronome, un historien d’art, etc.). L’artiste mélange des œuvres de sa collection personnelle, un masque Nô, une statue divinatoire du 11ème siècle, des fossiles immenses, des météorites, etc. dans une mise en scène jubilatoire autour des théories racontant la chute de l’humanité. Quels seraient les objets auxquels nous accorderions du crédit si nous retrouvions la terre amputée de toute vie ? Ouverte de midi à minuit, l’exposition ne dispose d’aucun éclairage artificiel, et dès la nuit tombée, nous devenons des archéologues munis de lampe torche à la recherche d’une explication philosophique. L’art est-il réel ? A la manière de Duchamp, Sugimoto renvoie avec humour à notre perception des valeurs à l’heure où le marché de l’Art oscille souvent du côté de la spéculation au détriment de la passion. A méditer, à visiter !

L’état du ciel – part 3
Palais de Tokyo
Paris
jusqu’au 7 septembre 2014

http://www.palaisdetokyo.com

www.thalys.com

(c) Aurore t'Kint
(c) Aurore t’Kint
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