C’est une table de bistrot entourée de quatre chaises, à la lueur d’un éclairage public, le soir. Désertée par les clients, on y trouve encore quelques cartons de bière. A gauche, l’entrée du café, sombre et rouge,  avec au fond, des étagères remplies de bouteilles d’alcool dont les étiquettes brillent doucement dans la lumière rouge. On y aperçoit quelques silhouettes assises. Sur la droite, la scène plonge vers un point de fuite au fond de la rue. Le trottoir est comme une mare d’eau verte, luisant carrelage. Les bâtiments qui longent la rue sont des lignes verticales précises, sombres ou jaunes, décrivant sans hésiter un environnement urbain d’aujourd’hui.

Cet instant capté, est-ce une photo? Une peinture? D’où vient la grande poésie de cette représentation hyperréaliste? Il semble qu’on puisse, nous, spectateurs, entrer dans cette toile (oui, c’est une peinture) en faisant deux pas. Nous en serions captifs comme on peut l’être d’une scène de film envoûtante. En étant très attentifs, on peut même entendre les pas des passants sur le trottoir, le bruissement des conversations qui s’échappent par la porte du bistrot, le cliquetis de quelques verres.

Kate Waters est une artiste canadienne née en 1964 qui vit actuellement en Allemagne. Travaillant à partir de clichés photographiques qu’elle prend elle-même, elle tente d’évoquer le monde d’aujourd’hui qui balance entre poésie et grande solitude. Sa technique époustouflante l’emmène à magnifier les points lumineux dans la toile, en accentuant les contrastes entre le blanc et le jaune vif représentant les sources de lumière ou les reflets sur les objets et les autres éléments. Ce sont ces effets très maîtrisés qui donnent un aspect aquatique au trottoir et qui font ressortir si vivement les accoudoirs des chaises en bambou vernis. Le vélo posé contre le mur, à l’arrière, les fenêtres éclarirées et les tee-shirts blans des personnages à l’arrière-fond sont autant d’éléments qui permettent au regard de circuler avec allégresse dans l’image. “After you” sensé évoquer l’absence et la solitude, garde une atmosphère pétillante, précise. Un instant capté d’un clignement des yeux, avant de passer son chemin.

Mingjun Luo, artiste chinoise née en 1963 et vivant en Suisse, expose au même moment ses grands formats aux tonalités blanches, grises et noires.

Kate Waters
Mingjun Luo
Aeroplastics Contemporary
32 rue Blanche
1060 Bruxelles
Jusqu’au 19 juillet

www.aeroplastics.net

Kate Waters - One fine day, 2014, oil on linen, 200 x 230 cm
Kate Waters – One fine day, 2014, oil on linen, 200 x 230 cm
Kate Waters - Keeping it up, 2014, oil on canvas, 200 x 150 cm, private collection
Kate Waters – Keeping it up, 2014, oil on canvas, 200 x 150 cm, private collection
Mingjun Luo – Départ, 2013, pencil on paper, 30 x 42 cm
Mingjun Luo - Du riz 1, 2014, Oil on canvas, 95 x 80 cm
Mingjun Luo – Du riz 1, 2014, Oil on canvas, 95 x 80 cm
Mingjun Luo - Papier chinois dans un espace # 4, 2014, Oil on canvas, 125 x 100 cm
Mingjun Luo – Papier chinois dans un espace # 4, 2014, Oil on canvas, 125 x 100 cm

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.