La confrontation à la toile est un exercice de haute voltige que quelques artistes n’ont jamais abandonné. Yves Zurstrassen est de ceux-là. Peu exposé à Bruxelles car voguant loin des modes de l’art conceptuel, cet artiste belge né en 1956 peint sans relâche dans son extraordinaire atelier de la capitale. Il est exposé dans le monde entier et sa production est large et fulgurante.

Quelques petits formats sont à voir au Salon d’Art. Choisis avec soin, ils sont chacun un monde complet et précis.

Zurstrassen emploie depuis plusieurs années des éléments découpés comme pochoirs. De grandes feuilles de papier ont été perforées de cercles réguliers, de motifs répétitifs, formant des grilles de points, des effets de dentelle, des ensembles de carrés. Ces papiers restent à proximité de l’artiste en train de peindre. Parfois, il en prélève l’un ou l’autre morceau en le déchirant et l’applique sur la toile. Ce pochoir retiendra la couleur ajoutée par au-dessus, créant ainsi des motifs en réserve dont la blancheur s’impose au milieu des noirs, des gris, du rouge ou de l’orange.

On peut parler d’abstraction lyrique pour les peintures de Zurstrassen, même si le terme semble un peu vintage, car derrière les formes souvent géométriques, c’est le geste vif et puissant de la main qui prévaut. L’artiste tient sa brosse fermement, écrasant l’huile sur la toile, n’hésitant pas à provoquer des reliefs de matières crémeuses, fondues entre elles. Pas de coulures. La matière de la peinture est épaisse, elle est appliquée en masse forte, intense. Ce sont des affirmations annoncées d’une voix forte.

Rien n’est figé, les bords ne sont pas nets, il n’y a pas d’aplat parfait de couleur. Les formes se répondent entre elles en un rythme très musical (l’artiste aime à travailler en musique), l’œil entame un voyage joyeux sur la toile qui va du noir au blanc, vers le rouge.

Pour une toile dans les tons de gris et de noirs, soudain un aspect délicat apparaît, créé par les réserves de blanc qui sont comme des dentelles. On dirait des papiers japonais, quelque chose de fin, de complexe, comme une pensée fragile, évanescente.

L’exercice de la peinture pour elle-même fait ici éclater la joie profonde de l’artiste en train de « faire », en train de réaliser, en train de peindre et d’être donc pleinement lui-même. Ainsi, cette pratique devient-elle un mode de vie, un truc irrésistible auquel il est nécessaire de s’adonner régulièrement, comme on respire pour rester vivant. Comme le disait Rainer Maria Rilke au jeune poète : « … devriez-vous mourir s’il vous était interdit d’écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il écrire ? Creusez en vous-mêmes à la recherche d’une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s’il vous était donné d’aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple « il le faut », alors bâtissez votre vie selon cette nécessité … » (in « Lettres à un jeune poète »). On y va pour s’imbiber de ça!

L’artiste exposera en septembre et octobre 2014 à la galerie Valérie Bach.

Zurstrassen
Œuvres récentes
Le salon d’art
81 rue Hôtel des Monnaies
1060 Bruxelles
Du mardi au vendredi de 14 à 18h30
Samedi de 9h30 à 12h et de 14 à 18h
Jusqu’au 12 juillet

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