Partir en voyage pour sortir du quotidien, découvrir des trésors, être face à l’inconnu, accepter l’inconfort, la longue route, l’imprévu, est une pratique que beaucoup d’artistes ont eue depuis longtemps. Au XVIè et jusqu’au XIXè s., ils partaient vers Rome à la rencontre de l’art de l’antiquité et du savoir-faire des artistes italiens.

A partir de la fin du XIXè s. et jusqu’à aujourd’hui, c’est la surprise, le déséquilibre, la rupture avec le quotidien que cherchent les artistes. “Tu sais que les voyages ont toujours été ma passion. A chaque nouveau voyage, il me semble que mon cerveau s’agrandit, on n’a pas idée de la somme de connaissances que l’on acquiert en quelques mois.” écrit Félicien Rops la veille d’un départ. En train, en bateau, en diligence, à dos d’âne ou à pied, Rops comme beaucoup d’autres artistes parcourt le monde à partir de 1870.

Le musée Félicien Rops de Namur s’est lancé sur les traces des artistes belges en voyage. Présentant les voyages de Rops tout d’abord, puis d’autres artistes, suivant leurs destinations: l’Italie, l’Espagne, l’Orient, le Congo, au travers de leurs carnets de croquis, dessins, notes, photos et lettres ainsi qu’avec les tableaux qu’ils réalisent à leur retour.

Peindre et écrire deviennent ainsi les expressions de l’expérience du voyage. La main enregistre les multiples expériences et impressions  suscitées par le voyage et les destinations nouvelles. Goethe, voyageant en Italie, renouera avec la pratique du dessin, sortant par là de l’impasse créative dans laquelle il se trouvait. Victor Hugo se mit à dessiner en voyageant le long du Rhin. Les peintres comme Evenepoel, Rops, Van Rysselberghe se découvrent une plume agile pour décrire avec humour et multiples détails leurs pérégrinations dans les lettres à leurs amis.

Le passage d’un médium à l’autre serait-il facilité par l’expérience du voyage? Ou bien, le mouvement de la marche (ou d’un autre moyen de déplacement) provoquerait-il une énergie motrice tellement stimulante que les artistes éprouvent le besoin de multiplier leurs pratiques créatives?

“Mon cher Emile, il me serait bien difficile de te donner une idée, à-peu-près, vague même, de ce qu’a été pour moi cette journée-ci; je ne définis pas encore exactement ce que j’ai éprouvé; de la stupeur, de l’éblouissement, du vertige, de la folie? Je suis à Mekinès depuis ce matin; et malgré que je connusse un peu les choses du Maroc, je n’aurais pas été plus stupéfié, m’eût-on enlevé en ballon et jeté tout à coup en un autre monde, chimérique”, écrit Théo Van Rysselberghe à son ami Emile Verhaeren, en 1888. De ces bouleversements de l’âme, de ces stupeurs, les artistes rapportent chez eux des sujets jamais abordés avant, mais aussi des couleurs neuves, une autre perception de la lumière.

On croise aussi dans l’exposition Henri Evenepoel en Algérie, Constantin Meunier à Séville, Guillaume Van Strydonck en Inde, Jean Robie en Inde aussi, Charles Callewaert qui réalise en Afrique des aquarelles de la faune et la flore, des personnes qui l’entourent, enfin tout ce qu’il voit, …

Pour marquer le propos de cette agréable exposition d’été, 3 artistes actuels adeptes du carnet de voyage ont été sélectionnés. Dominique Goblet qu’on peut voir régulièrement à la galerie Pierre Hallet nous enchante avec un carnet de voyage au Mexique et un autre à New York. Xavier Lowenthaël a rempli les pages de plusieurs carnets de son voyage au Honduras de ses remarquables dessins. Et Renaud De Heyn trace à l’encre et au feutre le récit de son périple au Pakistan. Ces trois artistes sont édités par La 5ème couche.

En route!
Sur les traces des artistes belges en voyage
Musée Félicien Rops
12 rue de Fumal
5000 Namur
Jusqu’au 28 septembre
www.museerops.be

 

10.Jean Robie, La meilleure monture, s.d., huile sur panneau, cm. Bruxelles, collection privée
10. Jean Robie, La meilleure monture, s.d., huile sur panneau, cm. Bruxelles, collection privée

goblet

9.Guillaume Van Strydonck, Danse devant le temple de Madura, 1891, huile sur toile, 110 x 140 cm. Saint-Josse-ten-Noode, collections Musée Charlier
9. Guillaume Van Strydonck, Danse devant le temple de Madura, 1891, huile sur toile, 110 x 140 cm. Saint-Josse-ten-Noode, collections Musée Charlier
21.Henri Evenepoel, Vue du marché de Biskra, Album de photographies de voyage d'Henri Evenepoel en Algérie et Tunisie. Paris, musée d’Orsay, inv.PHO2003-5-6. (C) RMN-Grand Palais (musée d'Orsay)
21. Henri Evenepoel, Vue du marché de Biskra, Album de photographies de voyage d’Henri Evenepoel en Algérie et Tunisie. Paris, musée d’Orsay, inv.PHO2003-5-6. (C) RMN-Grand Palais (musée d’Orsay)
3.Théo Van Rysselberghe, Marché au Maroc ou La Féria, 1887, huile sur toile, 28 x 40 cm. Collection privée Courtesy Galerie P. Derom
3. Théo Van Rysselberghe, Marché au Maroc ou La Féria, 1887, huile sur toile, 28 x 40 cm. Collection privée Courtesy Galerie P. Derom

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