Si tout Bruxellois qui habite le sud de la capitale visualise très bien l’une de ses œuvres, il ne connaît généralement pas son nom ! Mauro Staccioli est l’artiste qui a réalisé « Equilibrio sospeso », la sculpture monumentale en acier corten qui sépare à Boitsfort, aussi ingénieusement que poétiquement, la ville de la campagne et vice versa. Nous connaissons plus d’un automobiliste qui choisit régulièrement cette voie d’accès à la ville plutôt qu’une autre pour l’admirer encore et encore…

Très bel homme élancé et distingué d’une septantaine d’années à la chevelure de poète, à la barbe blanche et aux yeux brillants, l’artiste italien originaire de Toscane (Volterra) est intarissable quand il s’agit de parler de son travail : « Mes sculptures ne sont pas pensées comme des objets pour décorer la ville ou comme des monuments pour illustrer ou célébrer quelque chose. Il s’agit d’instruments de provocation dont le but est de nous stimuler, nous impliquer, suggérer une critique et créer une discussion publique collective. C’est la participation active de l’observateur qui m’intéresse. »

Dès qu’il a vu Seneffe, il a été interpellé par le lieu et a rapidement donné son accord pour le projet : « Je dirais plutôt que c’est l’architecture du lieu qui m’a convaincu de travailler sous l’influence de l’époque, avec Beethoven comme musique de fond… Pourquoi Beethoven ? Si je pense au XVIIIe s., mon esprit va instantanément vers la musique et plus particulièrement vers lui. C’est cela qui me parle car, en plus d’avoir des connotations symboliques, la musique développe des aspects émotionnels puissants… Ici, à Seneffe, la relation entre les différents jardins, l’architecture du site et les bâtiments me rappellent le processus d’une composition musicale. Mes sculptures sont des formes de lecture, des traces d’un passage. »

Rappelons que déjà en 1977, Mauro Staccioli donnait comme titre à l’une des ses expositions « Lettura di un ambiente ». Et d’ajouter: « C’est depuis lors le cheminement que je fais, tout en obéissant à une sorte de conception philosophique qui sous-tend toute pensée, à commencer par la mienne.» Si Mauro Staccioli a rapidement perçu les lignes de force du domaine sur lesquelles il s’est basé pour imaginer la mise en scène, on découvre un travail tout en rigueur, axialité et perspective. On assiste à une confrontation géométrique et constructive avec la nature. Non seulement, les six œuvres dialoguent et mettent en valeur le château et son parc mais encore, elles ont le mérite de travailler sur les perspectives et les points de vue. C’est la « Porte » en acier corten posée tel un compact avant la grille devant l’entrée et « l’Anneau à spirale », immense, de l’autre côté, dans le parc, qui insolemment incluent tout le château dans leurs angles de vue et lui apportent une dimension totalement inédite. Laissons-le parler : « J’ai de suite perçu un espace très évocateur. J’ai alors essayé d’instaurer un dialogue avec le domaine comme par exemple les Cônes en terre cuite (qui font référence aux cornets de glace dont les enfants raffolent pas seulement en Italie, j’imagine) qui vont dialoguer avec le grand bassin tandis que les onze Prismoïdes, tels des gardiens ont été pensés en rapport avec l’espace de la cour d’honneur, à fortiori les marches sur lesquelles ils sont disséminés. »

La source d’inspiration de Staccioli est le paysage en lui-même avec ses limites et son cadre. Sa motivation n’est autre que celle d’ouvrir la voie à une relation entre sculpture, paysage et architecture. Pari réussi. Mais l’artiste n’en est pas à ses débuts. Il réalise depuis de longues années des sculptures monumentales qui, avec un profond respect, défient, confrontent, entrent en relation, parlent et dialoguent même avec le paysage qui les entoure.

A la question de savoir s’il y a une différence entre exposer son travail sous la lumière du nord ou du sud, il répond : « Il y a certainement une différence car je pense à la luminosité qui n’a rien à voir. C’est une question de capacité de lecture du paysage. Ce sont deux réalités différentes. Il suffit de penser à la lumière dans les portraits réalisés en Belgique, en Hollande et en Italie… »

L’artiste termine la discussion en avouant qu’il se remet en question à chaque fois qu’il approche un nouveau paysage. Une humilité et une modestie à la hauteur de son art.

Domaine du Château de Seneffe
7-9 rue Lucien Plasman
7180 Seneffe
www.chateaudeseneffe.be
Jusqu’au 11.11. 2014
Tous les jours sauf les lundis non fériés de 10h à 18h
Entrée gratuite
Tous les 1ers dimanches du mois, guide à disposition de 14h à 18h

 

(c) M.Mabille
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