Quelques “Bulbes” sont installés devant l’entrée de l’Institut Lussato. Sur le dallage de l’allée, ces larges sphères de céramique semblent végétales et portent bien leur nom, mais on est aussi frappé de leur communauté formelle avec les “Nature” de terre ou de bronze de Lucio Fontana que nous avons pu voir au Musée d’Art Moderne de Paris. Là, c’est une sensualité exacerbée qui se dégage des sphères trouées ou fendues.

Dès l’entrée dans le salon de l’Institut, voici des “Vasques”, sortes de sphères largement trouées, affaissées, qui cherchent leur destin entre la boule et le cercle, la deuxième et la troisième dimension. La matière est granuleuse, puissante, presque organique.  Plus loin, des “Bols écorces” offrent leur membrane végétale comme du bois et leur intérieur délicat de raku craquelé. Les “Cercles” sont de larges plats dont la texture hésite entre craquelure lunaire ou épiderme. D’autres « Cercles » rappellent les Pi chinois en même temps qu’ils assument leur aspect imparfait, bosselé, parfois tordu, incertain.

Yoshimi Futamura est une céramiste japonaise née en 1959. Elle vit et travaille à Paris. Elle a appris la céramique à Seto, au Japon, et à l’école supérieure des arts appliqués Duperré de Paris. Elle expose à l’Institut Lussato ses spectaculaires céramiques, qui se marie avec bonheur avec les objets de la collection d’art Mingei présentée en permanence. Il s’agit d’objets issus des arts populaires japonais. Ces pratiques de la poterie, de la vannerie, de la sculpture sur bois, de l’objet usuel et quotidien sont peu connues en Europe. Dans les années 1920, elles attirent l’attention d’artistes du mouvement Art and Craft à Londres, puis d’artistes japonais qui les collectionneront.

Yoshimi Futamura utilise une terre chamottée, c’est à dire une terre lisse mélangée à de la chamotte, qui est une terre cuite broyée et tamisée. Ici, l’artiste utilise de la porcelaine cuite et réduite en grosses miettes, qu’elle incorpore à la terre.  Ces tessons de porcelaine blanche ressortent à la cuisson comme autant d’éléments à l’aspect végétal.

C’est certainement l’entre-deux qui passionne cette céramiste. L’entre-deux formes : du bol à la coque,  de la sphère au bulbe, du plat à la lune, du cercle comme une écorce enroulée au Pi. Ce questionnement formel s’accompagne d’un questionnement sur la texture : est-ce du bois, est-ce de la terre cuite, est-ce un épiderme, un sol asséché ? On y trouve aussi un va-et-vient entre les quatre éléments : terre et feu, eau et terre, fer et terre. De ces pièces de céramique se dégagent des impressions contradictoires : puissance, force, fragilité et délicatesse, tout à la fois.

Institut Bruno Lussato et Marina Fédier
52-54 avenue de la Sapinière
1180 Bruxelles
Jusqu’au 22 juin
jeudi et dimanche de 14h00 à 17h00

http://www.brunolussatoinstitute.be/

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