Olivier Pestiaux a perdu sa sœur Catherine en 1996 dans un accident de voiture. Quelques mois plus tard, dans une salle d’attente, il réalise « par accident » un dessin automatique dans un carnet noir. Il lui faut quelques jours pour se rendre compte que son dessin « représente » un accident, une voiture en chute. C’est le moment initiateur d’un projet de dessins quotidiens qu’il va pratiquer dans des carnets rouges durant les 18 années suivantes. Ces dessins sont les vidanges de ses émotions. Ces carnets les réceptacles du trop plein de tristesse. Au fil des ans, les pages se remplissent de motifs répétés, rythmés, au gré d’une main qui n’est pas dirigée par la pensée mais par le ressenti.

C’est une catharsis qui s’opère par la pratique graphique. Posant sur les feuilles de ses carnets toutes les choses indiscibles, toutes les interrogations sur la vie, la mort, la fragilité de l’être, du souvenir, Olivier Pestiaux crée involontairement un vocabulaire, une mélodie personnelle, reconnaissable.

Ainsi, parfois uniquement à l’encre noire, ses graphies se répètent en vagues mouvantes, méditatives. Le geste est libre, libéré de l’attention trop précise du regard. Ca oscille entre cohérence de la représentation et pulsion du mouvement. De cet entre-deux naît l’émotion, une poésie. Parce que, sinon, comment comprendre qu’on puisse être submergé par un flux de sentiments au spectacle d’un papier recouvert d’une myriade de petits points ?

Ici, les points rouges à l’aquarelle, auréolés de cercles plus pâles ajoutés à l’eau claire sur la première tache, se sèment sur le papier en grappes, comme des fruits ou des petites blessures. C’est à la fois fleuri et douloureux, puissant et délicat, informel et stable. On y voit ce qu’on désire. L’un y aperçoit un bouquet de coquelicots cerné de petites mouches noires, l’autre y voit quelque chose d’organique. On pense aux dessins que Louise Bourgeois réalisa durant les derniers mois de sa vie avec très peu de moyens (deux couleurs, une encre, un crayon à la mine de plomb).

Gratitude
Olivier Pestiaux
Galerie Esther Verhaeghe de Naeyer
51 rue Mignot Delstanche
1050 Bruxelles
Jusqu’au 14 juin
http://www.estherverhaeghe.com/

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