Un musée d’art contemporain à Bruxelles, c’est l’Arlésienne dont tout le monde parle et que personne ne voit arriver. On en entend beaucoup parler depuis deux semaines dans les médias. Effets de manche pré-électoraux? Nous le pensons. En effet, on parle en coulisses de nombreuses localisations, mais il n’y a ni budget (pas le premier euro), ni même de collections suffisamment larges pour créer aujourd’hui un musée d’Art Contemporain. Cela fait des dizaines d’années qu’il n’y a plus de politique d’achat d’art à des artistes vivants, au musée des Beaux-Arts de Bruxelles. Hé oui, il faut aussi des oeuvres à accrocher. Fou, n’est-ce pas?

Emile Langui fut le chantre de l’art contemporain à Bruxelles dans les années 60. Il milita activement pour un musée d’Art contemporain. Une décennie plus tard, c’est le conservateur de la Bibliothèque royale qui essaya de porter ce projet vers son accomplissement. Dans les années 90, lorsque François-Xavier de Donnea est au commandes de la ville, on projette de démolir les maisons datant du moyen âge qui borde la Place du Musée (derrière l’actuel musée Magritte). Hop, on aurait construit là un temple de l’art contemporain. A la fin des années 90, Bernard Focroulle, alors directeur de La Monnaie, défend un projet de grand musée…

Aujourd’hui Bruxelles ne possède plus de musée d’Art moderne, puisque celui construit par l’architecte Roger Bastin et inauguré en 1984 a été fermé en 2011… mais on reparle d’un musée d’Art contemporain, un truc étonnant avec des œuvres d’artistes encore vivants aux cimaises! Le S.M.AK. de Gand, porté par Jan Hoet, offre au public depuis très longtemps et dans un bâtiment plus que centenaire la possibilité de découvrir des œuvres d’artistes vivants. C’est donc possible.

Pourquoi pas à Bruxelles ?

« Chaque projet qui a été mené a mis des décennies à voir le jour », analyse Paul Dujardin, directeur du Palais des Beaux-Arts. « Ces aboutissements ont toujours été porté par un meneur. Busine, par exemple, a mis 30 ans à finaliser son projet du MAC’s au Grand-Hornu. Et il y est arrivé. »

« Le projet d’un musée doit être porté par les citoyens. », poursuit Dujardin. « Et, aujourd’hui, à Bruxelles mais aussi en Europe, on a besoin de coproduction. Il faut allier les forces du fédéral, de la ville et du privé pour aboutir à un nouveau musée. La coproduction, c’est de l’empathie, une capacité de rassembler des forces et de faire des compromis entre toutes les parties. »

Yamila Idrissi, parlementaire flamande Sp.a, a lancé en 2011 l’idée d’un grand musée dans le quartier du canal. Dans une carte blanche parue en 2011 dans De Morgen, elle analysait : « Si on regarde au niveau international, il est clair que Bruxelles manque d’un musée d’Art Contemporain. La construction d’un nouveau Musée donnerait à la capitale l’opportunité de se profiler sur la scène internationale comme ville d’art et de culture. Un musée fait fonction de moteur qui entraîne tout un quartier dans son ambition. Différentes communes et la Région investissent depuis des années dans les contrats de quartier (des projets économiques socioculturels de rénovation urbaine) et pareil projet pourrait constituer un pilier important à effet durable. » Cette carte blanche  a recueilli énormément de réactions. Avec les artistes Luc Tuymans et Angel Vergara, elle en rédige une autre, organise une table ronde, invite la presse, rencontre les habitants des quartiers, les politiciens, les conservateurs de musées, les artistes. Aujourd’hui, l’élan est visible sur le site www.macbruxelles.be. On y voit de très nombreux acteurs du monde culturel s’engager pour ce projet. Le souci, c’est qu’il n’y a pas le premier euro pour le financer.

Quelles collections ?

Le deuxième souci est que la collection d’Art contemporain des MRBA est trop petite pour remplir un musée. Plusieurs acteurs du monde culturels ont suggéré d’y ajouter les collections aux mains des pouvoirs publics (Banque Nationale et SNCB), les collections semi-publiques (Belgacom, Dexia), ainsi que celles d’entreprises ou de multinationales (Belfius, KBC, ING, Lhoist). En fédérant des collectionneurs privés, qui prêteraient leurs œuvres pour 10 ou 20 ans au musée, on aurait là quelque chose qui commence à avoir de la gueule.

En attendant, la ville de Bruxelles vient de mettre à disposition les anciens magasins Vanderborght, situés à l’entrée des galeries du Roi et de la Reine, près de la Grand-Place de Bruxelles, pour y exposer les collections d’art moderne et contemporain des MRBA. Et ce pour un euro symbolique par un bail emphytéotique de 30 ans. Dans le projet de rénovation, auquel le conseil des ministres a donné son feu vert, la ville finance les travaux extérieurs du bâtiment (1,5M €). La Régie des bâtiments prend à son compte les 750.000 € budgétisés pour les études préalables. Ce projet, signalé comme temporaire dès aujourd’hui, ne résout pas le problème des réserves. De plus, il est déjà considéré par beaucoup comme trop petit (7000m2) et trop bas de plafond pour exposer de l’art contemporain. On s’inquiète aussi de dépenser autant d’argent pour un projet annoncé comme temporaire. Par la suite, Michel Draguet parle d’y transférer le musée des Instruments de musique (MIM).

Baguette magique

Rêvons qu’un audacieux politicien, accompagné d’une figure de la culture belge, fasse bouger les choses après les élections. Qu’on ose faire naître un tout nouveau musée d’Art Contemporain. Où ? Revue des lieux dont on parle.

Notre préféré et le plus crédible : le bâtiment Citroën, dont le nez arrondi donne sur à la place de L’Yser : cet espace de 16.500m2 de style Art Déco devrait être racheté par la ville, ce qui fait des frais en plus. Sa situation dans un quartier qui a besoin d’être rénové en fait un candidat parfait pour l’obtention de fonds européens. Sa proximité avec Tour & Taxis est une de ses qualités intéressantes, au même titre que sa belle carcasse (pas besoin de construire !) et son importante surface. Un souci : les immenses baies vitrées, qui rendent difficile la conservation et la préservation des œuvres d’art.

Notre préféré, aussi, mais tellement top qu’on n’ose y croire : le Palais de Justice, place Poelaert : imposant bâtiment de style éclectique inauguré en 1883, d’une surface au sol de 26 000 m², il est plus vaste que la Basilique Saint-Pierre de Rome !On sait que les politiques cherchent depuis longtemps une destination à cet énorme gâteau ouvert à tous vents. Même les échafaudages installés autour de la coupole depuis plus de 10 ans nécessitent une rénovation avant d’être utilisés ! Son volume, son emplacement ouvrant sur la rue de la Régence et précédent les MRBA, sa symbolique en font un candidat presque parfait. La surface énorme pourrait accueillir un musée, des réserves, mais aussi des commerces, des restaurants, un centre d’art, des auditoires….

Moins convaincante, à la Porte de Ninove, sur des terrains vagues le long des bâtiments de l’Institut des Arts et Métiers : proche du canal, bien qu’un peu éloigné de la rue Dansaert et de la place Sainte Catherine. Pourrait retisser et revitaliser un quartier en déshérence. On pense bien évidemment à la Tate Modern, à Londres, qui a été installée dans une ancienne centrale électrique, dans un quartier totalement improbable. Des années plus tard, les rives de Tamise sont devenues « the place to be », même pour les logements.

On dit non à un bâtiment sur la place royale, à gauche de l’église : emplacement top, dans un quartier déjà bien gâté (MRBA, Bozar, Musée Magritte, MIM, BELvue, Espace culturel ING…) On craint l’effet « nécropole des arts », dans ce quartier qui a surtout besoin aujourd’hui de projets citoyens, de tissage urbanistique pour les usagers, et pourquoi pas, de logements.

http://www.rtbf.be/info/opinions/detail_le-moma-de-bruxelles?id=8265515

http://www.brusselnieuws.be/nl/video/tvbrussel/moderne-kunst-krijgt-het-citroengebouw-als-nieuwe-thuis

 

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