Revue détaillée de 70 années de pratique de l’abstraction géométrique en Belgique. De ses prémices dès 1946, lors du 1er Salon des Réalités Nouvelles jusqu’aux peintres d’aujourd’hui. L’exposition à voir au Bam de Mons présente une évocation structurée et pédagogique de ce mouvement, avec quelques pièces phares.

Après la guerre 40-45, l’abstraction , délaissée durant l’entre deux-guerres, connait un renouveau. Ce choix esthétique répond au désir des artistes de recouvrer leur liberté d’expression. Ils tentent d’apporter un nouvel équilibre. L’abstraction se déploie dans deux directions distinctes: lyrique et géométrique.

 

L’abstraction géométrique est faite de formes géométriques et de couleurs pures. C’est le jeu des lignes, l’enchâssement des formes les unes dans les autres et le rythme des couleurs qui font le propos. Les aplats sont sans pitié, la texture est le plus souvent abolie. La forme est toute puissante, elle doit se lire au premier regard.

Jo Delahaut, dont on a pu voir une passionnante rétrospective au Botanique en 2013, fut le premier peintre belge à exposer des oeuvres abstraites. C’est sa rencontre avec Auguste Herbin, le peintre français, qui le fait plonger dans la non-figuration radicale. Pour Herbin, organisateur du 1er Salon des Réalités Nouvelles, en 1946, le degré d’abstraction est le seul critère de sélection. “Un soupçon d’objectivation, une figuration camouflée lui apparaissaient comme autant de péchés capitaux dont il fallait se garder”, écrit Delahaut.

C‘est une très belle encre du même, de 1947, mêlant rectanges et cercles en positif ou négatif sur le papier jauni, qui introduit l’exposition. La première salle présente les artistes qui manient la forme et l’aplat jusqu’au début des années 50, dont Stella Vanderauwera: ses couleurs infiniment subtiles emplissent des formes complexes faites d’angles et de courbes, en compositions vibrantes. Cette recherche obsessionnelle sur les infinies possibilités des formes et de leurs agencements est le propre de cette époque. L’oeil la reconnait et on la retrouve dans les arts décoratifs: mobilier, vaisselle vintage tant à la mode aujourd’hui.

 

A partir des années 60, les peintres simplifient la forme, recherchent la pureté. Ils soutiennent leurs propositions par des couleurs intenses, très pures, elles aussi, qui deviennent le “personnage” principal de l’oeuvre. La couleur rayonne, irradie dans l’espace autour de la toile. Ils s’essaient à de plus grands formats, comme Guy Vandenbranden ou Gilbert Swimberghe, avec “Evolution 5”, d’un jaune acide du plus bel effet. Plus méditatives que ludiques, ces oeuvres sont encore aujourd’hui d’une grande poésie. Avec 50 ans de recul, on y découvre, étrangement, la vibration très humaine qui les habitent.

Dans la salle “Le réel en souvenir”, on découvre les artistes qui n’ont pas renoncé à évoquer ce qui les entoure. Ainsi, Marc Mendelson, avec “Solstice d’été”, qui suggère une mer bleue et quelques voiles de bateau, ou Louis Van Lint, dont “Tanks à Pernis” présente un paysage urbain architecturé et rythmé de couleurs passées.

Voici d’autres propositions, d’artistes qui travaillent en relief, ajoutant sur leur oeuvre: là un bloc de bois peint, ici une courbe de carton en rehaut de la toile. Walter Leblanc fut la figure de proue de cette pratique en Belgique. Ces sortes de bas-reliefs sont présentés avec quelques sculptures, dont  un très beau marbre blanc de Hilde Van Sumere, “Het onwezenlijke”. On pointe les “Torsions” de Walter Leblanc, qui “sort” du plat de la toile en découpant des bandes régulières de cette toile, qui font trois tours sur elles-mêmes avant d’être refixées sur le support. On pense à Fontana, à voir actuellement au Musée d’Art Moderne de Paris, qui apporta du relief à ses toiles en les lascérant. Côté mise en relief, plusieurs oeuvres de Pol Bury, dont un mobile dont le charme ludique n’a pas pris une ride. Passionnant aussi de voir comme Jo Delahaut se renouvelle durant des décennies, de déviant jamais de la ligne de l’abstraction géométrique mais inventant sans cesse d’autres propositions.

 

Dans la dernière salle, des pièces de mobilier, de vaisselle, des bijoux, des photos présentent la manière dont cet art de la “simplicité” formelle s’est diffusé dans le quotidien de 1945 à aujourd’hui. Sans oublier les oeuvres urbaines, habillant les stations de métro, comme “Ortem”, de Jean Rets, à Arts-Loi, ou celle de Delahaut à la station Montgomery. Un propos intéressant et d’excellente tenue, à voir.

Abstractions géométriques belges, de 1945 à nos jours
Bam
8 rue Neuve
7000 Mons
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Jusqu’au 13 juillet
www.bam.mons.be

 

 Sans_titre-1963-Jo Delahaut(c)PhotoPh. de Formanoir

Sans_titre-1963-Jo Delahaut(c)PhotoPh. de Formanoir
Plateau-1970-Marcel-Louis Baugniet(c)photoBriceVandermeeren
Plateau-1970-Marcel-Louis Baugniet(c)photoBriceVandermeeren
Antagone-1957-Jean_Rets(c)Photo Hugo Maertens
Antagone-1957-Jean_Rets(c)Photo Hugo Maertens

 

L’abstraction à Cateau-Cambresis

Au musée Matisse, un peintre abstrait français dont l’oeuvre émerge au même moment qu’en Belgique: Jean Dewasne est un des maîtres de l’abstraction constructive en France. Il réalise sa première oeuvre abstraite en 1943. Il milite pour l’abstraction avec Arp, Poliakoff, de Staël, Hartung. Il participe en 1946 au 1er Salon des Réalités Nouvelles. Attiré par les médiums et les méthodes de production industrielle, Dewasne va en tirer des lignes de force rigoureuses et extrêmement précises pour sa pratique artistique, qui ira de pair avec une réflexion théorique. Le parcours de l’exposition présente une soixantaine d’oeuvres dont 8 monumentales. Ses maxi-tableaux, oeuvres de très grand format, étaient créés dans le but de diffuser la couleur dans les environnements urbains. On pense aux Murales de la Grande Arche de la Défense, de près de 15.000 M2.

Dewasne, la couleur construite
de l’Antisculpture à l’architecture
Musée départemental Matisse
Le Cateau-Cambresis
Jusqu’au 9 juin
www.museematisse.lenord.fr

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