C’est lors d’une étude réalisée en 2011 pour le cabinet de consultance Kurt Salmon, sur les enjeux et les opportunités de l’entrepreunariat créatif et culturel qu’Adeline d’Ursel (26) et Alexandre Moens de Hase (27) prennent connaissance de manière approfondie des difficultés des créatifs belges de différents secteurs à assurer leur visibilité et, ensuite, la commercialisation de leurs réalisations. Les recommandations qui concluent leur étude s’adressent tant au secteur public que privé et listent les conditions qui favorisent ce type d’entrepreunariat.

Pour réaliser cette étude, ils ont rencontré des artistes, designers, stylistes, boîtes de production (musique et cinéma) et autres créateurs. Ceux-ci ont répondu à une série de questions sur la réalité de leur métier à la sortie de l’école, sur le type de formation suivie, le financement de leur activité, les innovations et de quelle manière l’activité s’ouvre vers l’international.

Ils font un constat précis: il existe un réel “gap” entre la sortie d’une école et le lancement d’une activité créative. “Il y a un manque de fierté par rapport à nos talents belges. On veut tous être comme à Londres et à Paris, expliquent-ils. Alors que la Belgique possède un potentiel créatif énorme. Les talents belges sont acclamés à l’étranger pour leur « Belgian touch ». Pourtant, si les créatifs belges sont dotés d’incroyables compétences artistiques, très peu d’entre eux possèdent les capacités entrepreneuriales et de communication nécessaires l’ouverture de leur propre enseigne ou pour se faire connaître. S’ajoute cela que le public belge n’est que très peu conscient du potentiel créatif de ses talents. Lors de nos recherches, nous avons aussi découvert que entre 2002 et 2008 l’exportation dans le secteur créatif et culturel a doublé en Europe et que la Belgique est le 7ème exportateur mondial dans ce domaine, malgré la crise”. Un secteur porteur, donc.

Et comme on peut être très sérieux quand on a 20 ans et quelques années, Adeline d’Ursel  et Alexandre Moens de Hase décident alors de créer une plateforme de visibilité des créateurs belges.

Cette plateforme de la création belge couvrira plusieurs secteurs: la mode, le design, l’édition, la musique, les arts plastiques, et plus tard, les jeux vidéos ou d’autres disciplines où les Belges excellent.

Aujourd’hui sous la forme d’une asbl, Adeline d’Ursel  et Alexandre Moens de Hase ouvrent un premier pop-up store à Ixelles, à la place du Châtelain, dans une formule test demandée par les nombreux investisseurs intéressés par leur projet et leurs idées. Nationa(al), sera dès demain et pour 10 jours la vitrines de 6 disciplines du secteur créatif. Le fil rouge de la sélection est donné par les parrains de l’opération, qui ont chacun choisi des jeunes stylistes, designers, éditeurs, musiciens, etc… Pour le cinéma, les parrains ne sont rien de moins que les frères Dardenne ; en mode, c’est Annemie Verbeke…

Avec un tout petit subside de la Fédération Wallonie-Bruxelles et 15.000 € de fonds propres, ils travaillent depuis une année. Recherche de sponsors et de partenariat ont pris beaucoup de leur temps et de leur énergie. Ainsi les morceaux d’échafaudage qui forment les présentoirs sont prêtés par la société Jacques Delens. Les palettes de bois, par Colruyt, les mannequins par Isabelle de Borchgrave…

« Nous n’y serions jamais arrivé si nous avions dû tout financer expliquent les deux jeunes créateurs. Nous avons créé une dynamique de collaboration.  Aujourd’hui, notre objectif financier sur ces 10 jours test, c’est simplement de rembourser nos frais de production.  Il s’agit d’une plateforme de lancement. C’est comme pour un film. Les producteurs le financent mais ne savent pas s’il aura du succès et donc s’il va rapporter de l’argent. » Lundi, sur les deux vastes plateaux d’exposition, toute une équipe s’affairait à monter l’exposition. Foreuse, marteaux, clics de souris sur les réseaux sociaux… on sentait que ça allait travailler jusque tard le soir toute la semaine pour être prêt vendredi 7, à 10h30, jour de l’ouverture officielle du Pop-up Store.

L’objectif d’Adeline et Alexandre est de pérénniser le projet, tant au niveau du lieu d’exposition que du concept. L’asbl serait amenée à se doubler d’une sprl, dans un modèle hybride d’entrepreunariat social déjà fort utilisé aux Etats Unis. L’asbl offrant aux créateurs des ateliers et des espaces d’exposition, la sprl se consacrant à la partie communication et commerce. La sélection de créateurs présentés changerait tous les 6 mois. Le site internet, au look très réussi, frais et jeune sans être hermétique, sert de premier petit caillou pour trouver votre chemin jusqu’au pop-up store. Amis des la création 100% belge, ne ratez pas cet événement bien pensé et enthousiasmant.

 

Paru en décembre 2012 dans L’Echo

 

 

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