C’est Daniel Abadie qui a fait découvrir la Maison d’Erasme à Pierre Alechinsky. Séduit par la lumière délicate, les cuirs dorés qui recouvrent les murs, l’ambiance feutrée, les oeuvres du 16ème s., l’artiste y expose aujourd’hui une série intitulée « Longues-vues » créées en 2013 et une autre, plus ancienne, développée de 1982 à 1990, à l’encre de chine sur des gravures débrochées d’un ouvrage ancien, « Flora Danica ».

Daniel Abadie est historien d’art. Il a réalisé quelques-unes des plus fameuses expositions du Centre Pompidou (Paris-New York en 1977, Dali en 1979, Jackson Pollock en 1982, Les Années 50 en 1982 …) avant de diriger la Galerie nationale du Jeu de Paume de 1994 à 2004. Il a été le commissaire de l’exposition rétrospective d’Alechinsky en 1998 au Jeu de Paume. C’est la première exposition muséale d’Alechinsky en Belgique depuis sa rétrospective en 2007 aux MRBA. On avait pu voir une intéressante sélection de dessins au Salon d’Art en 2013, à l’occasion des 85 ans de l’artiste.

Souffrant, Alechinsky n’a pu être présent à l’ouverture de presse de l’exposition. On aurait voulu lui demander de nous raconter son rapport au dessin. Si dessiner lui est vital, indispensable. Si la page blanche continue « de l’injurier », comme il dit, décrivant l’angoisse de la feuille blanche. On aurait voulu l’entendre nous parler de la gravure de ce globe terrestre au centre de chaque oeuvre de la série « Longues-vues », qu’il pare ensuite de dessins à main levée à la sanguine… si cette technique en deux temps, l’un long, l’autre court et spontané: gravure puis dessin, lui permet de conjurer l’angoisse du temps qui passe et de créer une tension temporelle.

On aurait aussi voulu qu’il nous confirme qu’il choisit par discipline de n’utiliser qu’un seul et même pinceau pour un même dessin, qu’il travaille sur une table très basse, le pinceau à la verticale du papier, comme les peintres japonais, dont il a étudié la technique. Et aussi, l’entendre parler de cet alphabet qu’il a développé au fil des ans, de cette pictothèque si reconnaissable: les 4 éléments, le serpent, l’oiseau, la main, le ruban, l’arbre, le labyrinthe, la tête de monstre, la flamme… Ses dessins non pensés n’en sont pas moins construits. Alenchinsky structure ses compositions libres par les marges qu’il place au pourtour de la feuille. Tous ces éléments formels font l’identité du peintre, qui vit depuis plus de 60 ans à Paris. Nous irons à sa rencontre.

Pierre Alechinsky
Ecritures d’herbes
La Maison d’Erasme
31 rue du Chapitre
1070 Bruxelles
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Jusqu’au 16 novembre
www.erasmushouse.museum

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