Comment réussir comme artiste? Du fond de son atelier, comment faut-il faire pour donner à voir et diffuser son oeuvre? Quel chemin parcourir?

L’artiste est un être traversé par un besoin profond d’exprimer quelque chose. Qu’il tente de dire quelque chose d’émotionnel, qu’il soit dans la méditation, l’attrait du vide ou la rage et la colère, qu’il soit dans la révolte politique ou sociale, l’artiste a ce petit truc en plus, une antenne, qui lui permet de capter, de percevoir, de s’accaparer, de digérer et de recracher des aspects du monde qui l’entoure, quelque chose d’indicible à propos de notre humanité profonde qui pourra nourrir ceux qui contempleront le fruit de son travail. Mais qu’est ce qui fait la différence entre quelqu’un qui fait un peu de peinture, un sculpteur en académie et un artiste qui va réussir? L’enthousiasme est le même, l’acharnement aussi. Faut-il avoir un look spécial? Non! Voyez Jeff Koons, voyez Gilbert et Georges, costume impeccable.

Tout d’abord,” explique Jérôme Jacobs de Aeroplastics Contemporary, “l’artiste doit avoir une oeuvre constante, vaste et reconnaissable. Une patte reconnaissable, c’est vraiment un très bon début.

Ensuite, l’oeuvre doit être bien inventoriée. C’est à dire bien photographiée, visible sur internet via un blog ou un site et au travers d’un catalogue. Il faut aussi qu’il y ait des écrits sur l’oeuvre, par des critiques d’art ou des amis bonnes plumes. Ce sont des choses simples à mettre en place à l’heure d’internet. Ce matériel doit être diffusé, c’est essentiel.”

Exposer en galerie

Seulement ensuite, l’artiste peut commencer à chercher une galerie. “Un artiste est perdu sans galerie. La galeriste a un vrai rôle.”, explique le galeriste Pierre Hallet. “Sans, l’artiste ne peut pas s’en sortir. C’était déjà comme ça chez Isy Brachot dès 1915 ou chez son fils à partir des années 60. Mais ce n’est pas parce que une galerie le prend que c’est dans la poche. On connait des artistes qui ont été sélectionnés par des grandes galeries et délaissés après 3 ans parce qu’ils ne vendaient pas assez. On est malheureusement à la merci du marché de l’art.”

Il faut prendre rendez vous pour présenter son travail!” poursuit Pierre Hallet. “Ne pas venir à l’improviste. Je suis chaque jour alpagé par de jeunes artistes qui arrivent de manière impromptue à la galerie. Il ne faut pas oublier que nous, galeristes, devons accueillir nos clients. Il y a un truc comme: je suis artiste, je suis différent, je ne dois pas respecter les codes de vie en société comme prendre rendez vous pour présenter mon travail dans les meilleures conditions! Et, j’avoue 9 sur 10 books qu’on me présente, je me dis: Comme ose-t-il? Pourtant, finalement, qui suis-je pour être juge? J’ai mes yeux et mes goûts, mon regard sur l’art et puis, je me pose aussi la question de savoir si le travail présenté est dans la ligne de ma galerie, si je serai capable de le vendre.

La recherche d’une galerie est une quête difficile. Il sera utile de visiter de nombreuses galeries, d’assister à des vernissages, de se faire connaître et d’apprendre à connaître le milieu, qui est qui (galeristes, curateurs indépendants, conseillers…). En se constituant un réseau, l’artiste va comprendre de plus en plus finement vers qui se tourner pour présenter son travail.

Etre artiste est un job à plein temps.  Il faut être attentif à ne pas faire un job alimentaire trop prenant.”, pointe la galeriste Catherine Jozsa. “Je déconseille à mes artistes de devenir professeur, c’est un métier qui demande un investissement personnel et émotionnel. L’espace mental de l’artiste doit être axé sur l’art à temps plein pour devenir professionnel. Beaucoup de jeunes artistes sont régisseurs, ils montent des stands, ils accrochent des expos dans des galeries, c’est une bonne idée et ça leur permet de connaître le milieu.”

Ce n’est pas évident de réussir comme artiste. Et c’est compliqué de faire tout seul. “Seuls les artistes en Street Art ou les créateurs d’installation et d’oeuvres in situ dans l’espace public peuvent, par essence, se faire connaître sans galerie.”, poursuit Catherine Jozsa. “Nous sommes là pour exposer mais aussi pour défendre nos artistes de manière continue et constante auprès de nos collectionneurs. On est un soutien, on forme équipe avec lui. On peut l’aider à remplir des dossiers pour des candidatures à des résidences, des concours. On peut publier un catalogue. Mais aussi aller dans son atelier, offrir un regard sur l’oeuvre en cours et aider l’artiste à s’y retrouver. Il ne faut pas oublier que l’artiste travaille en solitaire et qu’une galerie amène celui-ci au public.

Autres lieux d’exposition

Tout ce qui peut faire bouger, donner à voir le travail, est important. Les centres culturels fleurissent dans toutes les commune de Belgique, ou presque. On en trouve de tous les niveaux de qualité, de la petite salle communale au centre large et très médiatisé. Wolubilis à Woluwé-St-Lambert fait un bon travail avec son prix Médiatine. D’autres fonctionnent clairement par copinage.

Le bel espace de la B-Gallery, au centre ville, mis à disposition par la ville de Bruxelles, donne une visibilité durant le temps de l’exposition, mais il n’y a pas de travail en amont et en aval comme en galerie. Pourtant, il est utile qu’une oeuvre soit vue dans des lieux différents. Les résidences organisées par le centre d’art Wiels sont très courues et très internationales. Elles débouchent sur une exposition.

Une résidence, en Belgique ou à l’étranger est l’occasion pour l’artiste de se confronter à ses pairs. Le site www.resartis.org (en anglais) en liste un grand nombre. De plus, il y a le plus souvent une obligation de résultat liée à la participation à la résidence. Cela donne une motivation pour travailler.

Il existe plein de lieux ouverts par les artistes eux-mêmes ou des collectifs. Plutôt alternatifs et très qualitatifs, ces espaces sont listés sur le site www.thewalk.be.

Par internet

La diffusion et la vente d’oeuvre uniquement par internet ne fonctionne pas. Se confronter à l’oeuvre, l’avoir face à soi, dans toute sa matérialité, c’est comme une rencontre et c’est déterminant pour le spectateur, pour le déterminer à acheter. “Je suis convaincu que les artistes qui ont quelque chose de spécial vont être reconnus. Il fait juste qu’ils trouvent l’oeil qui s’arrête sur leur travail.”, conclut Pierre Hallet.

 

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