La voix de Werner Adriaenssens

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Werner Adriaenssens a été conservateur spécialisé en Art nouveau et Art déco au musée du Cinquantenaire. Mis sur la touche par Michel Draguet, envoyé à l’atelier des moulages pour ne pas faire de vagues, il a demandé au ministre Philippe Courard d’être déplacé à l’IRPA. Il a rédigé une note d’explication qu’il a posté sur son profil Linkedin. La voici. Elle permet de comprendre plus en détails les raisons de son départ.

« Chers collègues, relations de travail et amis

Lorsque Michel Draguet entra en fonction le 1er août 2010 comme directeur 0général « intérimaire », il était écrit dans les astres que les MRAH connaîtraient des temps 0difficiles et qu’un traitement préférentiel particulièrement perfide serait mon lot. Un peu 0plus de trois ans et demi plus tard, il a quitté les lieux, l’institution panse ses plaies et mon 0détachement pour deux ans à l’Institut Royal du Patrimoine Artistique a été officialisé, ce 0dernier à ma demande. Le chemin de croix que nous, collègues des MRAH, avons emprunté 0de concert est suffisamment connu par nos propres expériences ou par ce que nous avons 0lu dans la presse. Avec ce mot d’adieu, je veux brièvement esquisser mon parcours et vous 0remercier pour l’appui chaleureux que j’ai rencontré auprès de vous.

Fin septembre 2010, le projet alors finalisé pour l’aménagement de six salles consacrées 0à l’art nouveau et l’art déco en Belgique a été jeté à la poubelle. S’agissait-il de la rancœur 0engendrée par le rejet essuyé par Draguet de la part des généreux mécènes à propos du 0projet d’aménagement de salles aux Musées royaux des Beaux-Arts alors que celui des 0MRAH était accepté ? Initialement, les raisons évoquées pour repenser la réalisation des 0salles au Cinquantenaire étaient que la localisation de celles-ci était inadéquate. Plus tard, 0l’argument fut que le dossier contenait maintes erreurs de procédure. Lors de la conférence 0de presse donnée par Draguet pour son départ, une dernière flèche était décochée à propos 0du contenu non valable du projet. Pris ensemble, ces arguments pèsent certainement 0plus lourds que la notoriété et l’argent de InBev-Baillet Latour (1,5 million d’euros) et de 0la Banque Nationale (440.000 euros), le feu vert du service des Monuments et Sites, 0le budget prévu et la disponibilité de la Régie des Bâtiments, les plans soigneusement 0achevés de l’architecte, la préparation déjà en cours du marketing urbain et les signatures 0ministérielles. De plus, l’opinion de l’amateur d’ésotérisme symbolique et de raisonnements 0surréalistes tortueux fut plus importante que l’analyse des faits par le chercheur spécialisé 0en la matière. D’autant que jamais aucune discussion sur le contenu du programme n’a 0eu lieu entre les protagonistes. Le démantèlement du projet s’est déroulé avec l’accord 0de Marguerite Coppens, chef du département des Industries d’Art, qui porte une lourde 0responsabilité dans toute l’histoire.

Au début 2012, Draguet asséna un nouveau coup : il retira les collections Art nouveau 0et Art déco de ma compétence. Sous le prétexte de répartir les collections suivant les 0matériaux mis en œuvre, je serais désormais responsable des moulages. Officiellement, je 0pourrais encore m‘occuper d’étude de l’Art nouveau et de l’Art déco mais sans la gestion des 0collections, c’est pratiquement impossible. Après quinze ans de spécialisation intensive et 0un doctorat obligé en la matière, je ne pouvais avaliser cette atteinte professionnelle et ce 0management contre-productif. Mon appel au Conseil d’État fut retenu par le ministre d’alors, 0Paul Magnette, ce qui bloqua l’affaire ; après quoi, un an plus tard, Draguet, plus déterminé 0que jamais, représentait l’affaire sous le nouveau secrétaire d’État. Le verdict final est 0attendu.

Deux ans d’une résistance épuisante contre l’oppression intellectuelle ont miné une grande 0part de mon énergie. Cela n’aurait pas été nécessaire si les quatre chefs de département 0d’alors ne s’étaient réunis pour voter ensemble contre ma destitution. Ils ont eu du temps 0pour y réfléchir. Pascale Vandervellen, cependant, fut la seule à avoir pris ouvertement mon 0parti et braver ainsi la violence verbale intimidante et l’agressivité de Draguet. J’admire son 0cran et je l’en remercie.

À ceci s’ajoute encore le comportement méprisant de Draguet à l’égard de tout ce dans quoi 0j’étais impliqué. À chaque occasion qui se présentait, il donnait l’impression que l’exposition 0Henry Van de Velde n’était rien d’autre qu’un « emprunt » et non une réalisation personnelle. 0Je ne devais absolument pas compter sur un appui à ce projet, bien au contraire. Au début 0de son mandat, mes propositions d’achat restèrent sans réponse. Après un petit temps, 0je n’essayais même plus. Des occasions d’intérêt muséal nous passèrent ainsi sous le 0nez. Je n’avais aucun droit de regard dans les dossiers de Draguet pour l’acquisition de 0quelques meubles Art nouveau bien trop chers et d’une lampe de bureau Van de Velde. 0À mon insu, il se tramait des plans pour transférer les ivoires Art nouveau mondialement 0célèbres au musée africain de Tervuren. Les invectives des membres de la cour des flatteurs 0de Draguet à mon encontre étaient à l’ordre. Ma plainte pour harcèlement contre mon chef 0de département, quoique bien fondée et largement étoffée, fut laissée sans suite en dépit de 0la violation de la légalité. Le suivi inadéquat et cynique des résultats de l’enquête générale 0sur le bien-être en est d’ailleurs le reflet. Je ne vais cependant pas en rester là en ce qui 0concerne mon dossier personnel.

Lorsque j’ai tiré la sonnette d’alarme, deux personnes ont compris combien la situation 0était désastreuse : le secrétaire d’État Philippe Courard et Christina Ceulemans, directeur 0général faisant fonction de l’IRPA. Mon transfert temporaire fut réglé très rapidement et avec 0enthousiasme. Je les remercie pour leur rôle salvateur et leur foi en mon expertise qui pourra 0se développer plus avant dans l’intérêt de la politique scientifique et de la communauté. 0Les années précédentes, j’ai reçu de votre part de nombreux témoignages de sympathie 0et des encouragements. Je vous en remercie beaucoup. Quelques collègues et un ami 0extérieur m’aidèrent activement et prirent courageusement des risques, l’amélioration 0générale dans le musée le préconisait d’ailleurs vivement. Je les compte parmi mes amis 0intimes. Il y a malheureusement également des collègues qui se tournèrent vers l’autre bord, 0accordant pendant des années le « bénéfice du doute » à Draguet ou même devenant des 0instruments dociles entre ses mains.

Aux MRAH, nous avons été catapultés dans le passé et il nous faut déblayer le terrain. 0Permettez-moi de donner quelques recommandations : essayez de réaliser l’unité et 0n’acceptez aucun despotisme. La première est essentielle pour ne donner aucune chance au 0second. »

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