Je pense donc je suis

jan-fabre-cerveau Marbre blanc et propositions obscènes. Pureté et étrangeté. Force et fragilité. Après avoir décliné son auto-portrait sous différents aspects: tirant la langue, avec une ou deux cornes, avec une ou deux bouches,  en cire, en bronze, voilà que Jan Fabre, l’artiste contemporain préféré de la reine Paola creuse le sujet. Littéralement. Car ce sont des cerveaux qu’il propose aujourd’hui. Alignés dans la galerie Templon en deux lignes qui font comme une allée, les cervelles à vif de Fabre sont autant d’évocations humoristiques et dérangeantes de l’intérieur d’une boîte crânienne. Siège des pensées raisonnables mais aussi des émotions les plus intenses et des idées les plus folles, le cerveau, cette chose molle, fragile, qui ressemble à un chou-fleur, nous sert de centre de contrôle et nous permet d’entrer en contact avec d’autres primates dotés eux-aussi de cet organe mystérieux et labyrindique. Jan Fabre est un artiste belge né en 1958. Il a notamment décoré un plafond du Palais Royal avec des carcasses vertes mordorées de scarabées. Aujourd’hui, c’est le marbre qui l’occupe. Il a apporté à Carrare des dessins, des maquettes et des réalisations en silicone de cerveaux surmontés d’objets les plus variés: une pomme, un insecte, une paire de ciseaux, une fourchette, une araignée… objets tellement farfelus qu’ils concentrent le regard sur la rotondité du cerveau qu’ils surmontent. Ce sont des artisans italiens qui ont réalisés chaque pièce. Le résultat est d’une étonnante perfection formelle. Ce tire-bouchon planté bien droit dans ce cerveau, il serait trop simple que penser qu’il pointe un amateur de vin. C’est plutôt son aspect contondant qu’il faut noter. De sa pointe fiché dans la chair, il ouvre, sépare, tranche, incise, blesse. Quelles pensées dérangeantes ont-elles besoin d’être blessées ainsi? Et cette blessure, ouvre-t-elle un nouveau champ de pensées? Derrière l’humour de Fabre, sa grande facilité de réalisation (qui parfois énerve), se cache une quête de compréhension. Pensez-y.

Jan Fabre
Galerie Daniel Templon
13 rue Veydt
1060 Bruxelles
Jusqu’au 31 mai

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