25% de chômeurs, 50% de la population exclue du système de santé, un effondrement structurel et social, c’est ça la Grèce d’aujourd’hui. Une réelle crise humanitaire, une population en souffrance. Nous n’en voyons que les éclats de violence dans les médias.

C’est une exceptionnelle occasion de voir et comprendre plus précisément ce qui se passe chez nos voisins, au travers de deux expositions antinomiques au Palais des Beaux-arts. La première a été mise sur pied par le gouvernement grec à l’occasion de sa présidence de 6 mois à l’EU. La deuxième a été montée par la commissaire indépendante, Katerina Gregos, qui est par ailleurs directrice artistique d’Art Brussels et commissaire du projet de Vincent Meesen pour le pavillon belge de la Biennale de Venise 2015.

C’est avec une passion communicative que Katerina Gregos a présenté “No Country for Young Men” qui s’est ouvert en mars. (Le titre s’inspire du celui du film No country for old men des frères Cohen). On y découvre 32 artistes ou collectifs actuels qui expriment de manière très variée leur vie dans leur pays en crise. Leurs oeuvres sont des réponses directes à la situation de leur pays. “Au travers d’oeuvres récentes de quatre générations d’artistes contemporains, il est question de l’économie, de ses effets sur le corps social, du rôle de l’artiste et, de façon plus existentielle, de la manière dont la crise frappe l’individu et concourt à la dépression profonde qui s’est emparée des Grecs.”, explique la commissaire. “Les artistes de sont pas des compas moraux ou éthiques”, poursuit-elle. “Ce n’est pas leur rôle. Malgré les aspects politiques, c’est une exposition d’arts visuels.”

“Malgré tout, la crise est une opportunité pour exercer son imagination radicale, se regarder et prendre ses responsabilités et transcender la crise.“, ajoute-t-elle. Sans doute cette crise grecque est-elle un symptôme que d’autres pays européens et donc nous, devrions regarder de près.

On pointe les pages du journal Libération recouvertes de peinture noire, de Panos Tsagaris. Le projet collectif Oiko-nomic Threads de Marinos Koutsomichalis, Afroditi Psarra et Mria Varela, tricote une très longue écharpe sur une vieille machine. Les dessins sont générés par un  algorithme qui mélange des données financières et des motifs issus de la tradition grecque. La vidéo de Yorgo Zois présente une sorte de chronologie dramatique de la crise: une file de gens devant un magasin, une église, une exposition, des jeux de hasard, jouissant des plaisirs de la consommation de masse. Puis la même file devant un distributeur de monnaie vide, ensuite devant une distribution de repas gratuits… La dernière scène est la rencontre dans le désert entre un sans-papiers et un caddie plein.

L’autre exposition, “Nautilus” est une invitation au voyage. Démarrant par l’installation en néons et fils d’Aemilia Papaphilippou, l’accrochage est un mélange agréable de quelques pièces antiques et d’oeuvres d’artistes actuels qui ont les honneurs de leur gouvernement. Donc, rien qui dépasse, rien qui tache, mais une image de carte postale qui réduit l’Histoire de ce pays à sa période antique. C’est une invitation au voyage, certes, mais qui ignore la réalité quotidienne des Grecs d’aujourd’hui.

“La glorification du passé est une politique nationale qui est très éloignée de ce qu’est la Grèce aujourd’hui.” explique Katerina Gregos, qui a tenté sans succès de mettre son exposition sous l’égide de la Présidence.

Sans devoir choisir, le visiteur pourra voir la Grèce sous deux loupes, celle, remarquable, d’artistes actuels qui font sans conteste leur job d’artistes: donner à voir. Et celle, institutionnelle, lisse, bleue méditerranée, de la Présidence grecque. Cette dicotomie est l’illustration parfaite de ce qui se passe en Grèce et qu’on aimerait oublier. A voir.

Nautilus. Navigating Greece
Jusqu’au 27 avril

 

No Country for Young Men
Contemporary Greek Art in Times of Crisis
Jusqu’au 3 août

 

Palais des Beaux-Arts
23 rue Ravenstein
1000 Bruxelles
www.bozar.be

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