Bruxelles et Marguerite Yourcenar

 66671483Marguerite Yourcenar a de profondes racines belges et plus spécifiquement bruxelloises, par sa mère, Fernande de Cartier de Marchienne et au travers de son parcours de vie. Elle a marqué et marque encore notre capitale.  Voici comment, hier et aujourd’hui.

En novembre 1900, Fernande de Cartier de Marchienne épouse à Bruxelles, dans l’église de Saint-Gilles, Michel de Crayencour, un veuf désoeuvré. Ils voyagent énormément et vivent dans l’insouciance des rentiers jusqu’à la naissance de leur fille Marguerite, le 9 juin 1903. Fernande choisit d’accoucher à Bruxelles, près de sa sœur, dans un hôtel de maître situé au 193 de l’avenue Louise, au carrefour avec la rue du Bailli. Souffrant de péritonite et de fièvre puerpérale, elle meurt onze jours plus tard.

Trois étages avec vérandas, cour et jardinet, l’hôtel de maître a été acquis par Michel de Crayencour en janvier 1903. Le décès tragique de son épouse l’amène à revendre la maison dès la fin de l’année. Il n’en subsiste aucune photographie. Michel emmène la nouvelle-née sur les terres familiales du Mont Noir. Elle passera son enfance entre le Mont Noir, l’été, et Lille, l’hiver.

Cent ans plus tard…

 

1-041124-03-_c_a-goldbergEn 2003, à l’occasion du centenaire de la naissance de Marguerite, Jean-François Octave (Arlon, 1955), dessinateur, peintre et architecte belge reçoit commande de créer à ce carrefour un monument. Il intègre l’écriture et des photos de l’écrivaine sur des plaques de couleur vive et est intitulé « Un labyrinthe du monde », en référence à la trilogie publiée par Yourcenar. Aujourd’hui, très mal entretenue, cette installation urbaine accueille plus souvent des sdf pour la sieste que des amoureux de la littérature. Ce qui, gageons, n’aurait pas déplu à Marguerite.

Un parcours d’artiste

En 1929, elle publie son premier roman, Alexis ou le Traité du vain combat. La même année, son père décède. Il sera enterré au cimetière de Laeken. Marguerite poursuit la vie de voyageuse qu’elle avait connue avec son père et mène une vie de bohème entre Paris, Lausanne, Athènes, les îles grecques, Constantinople et … Bruxelles au début des années 30. Elle réside alors au 125 de l’avenue Louise.

Installée après 1939 aux Etats-Unis, Yourcenar prend la nationalité américaine, devient professeur à Harvard. Elle publie en 1951 ses Mémoires d’Hadrien, qui lui assure une reconnaissance et un succès mondiaux. Il faut attendre plus de 40 ans pour voir l’écrivaine revenir à Bruxelles, en 1971. Elle est élue comme membre étranger à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, rue Ducale, derrière le Palais royal.

A la fin de sa vie, Yourcenar s’est penchée sur l’histoire de sa famille et sur elle-même dans 3 volumes rassemblés sous le titre Le Labyrinthe du Monde. Ces mémoires romancées agacèrent beaucoup les descendants de son demi-frère, soucieux de préserver l’image vernissée de la famille. Elle y retrace l’histoire de sa famille paternelle dans Archives du Nord en remontant jusqu’à l’existence d’une terre vierge de l’homme et s’arrêtant lorsqu’elle est une enfant de quelques semaines. Avec Souvenirs pieux, c’est l’histoire de sa famille maternelle qu’elle déroule du moyen âge jusqu’à elle, petite fille. Le dernier volume Quoi ? l’Eternité retrace les dernières années de son père et ses premières années à elle. Il reste inachevé.6-yourcenar-09-vue-plongeante

Traces dans la pierre

En 1999, le Passage Marguerite Yourcenar voit le jour à deux pas du Sablon. L’accès entre la rue aux Laines et le parc d’Egmont a été rouvert à la fin des années 90 dans le cadre des « Chemins de la Ville », un vaste projet d’aménagement de l’espace public se composant de divers parcours visant à améliorer la qualité des déplacements piétons et l’image de la ville. L’aménagement du Passage Marguerite Yourcenar, long de 50M, a été confié au bureau d’architecture AVA. L’idée maîtresse est celle d’un cheminement guidé par des citations, gravées dans la pierre et extraites de L’œuvre au noir.

L’itinéraire commence dans la rue aux Laines, se poursuit avec le Labyrinthe dans une cour carrée, puis emprunte plusieurs volées d’escaliers conduisant à une rotonde, une fontaine et enfin au parc. Ce sont 14 sublimes extraits de L’Oeuvre au Noir qui sont gravés dans la pierre. Dont « Je ne cesserai jamais de m’émerveiller de cette chair soutenue par ses vertèbres, ce tronc joint à la tête par l’isthme du cou et disposant autour de lui symétriquement ses membres, contiennent et peut-être produisent un esprit qui tire parti de mes yeux pour voir et de mes mouvements pour palper… J’en sais les limites, et que le temps lui manquera pour aller plus loin, et la force, si par hasard lui était accordé le temps. Mais il est, et, en ce moment, il est « Celui qui Est »« .

Qu’on y accède par la rue aux Laines, dans une ascension nourrie des mots de l’écrivaine, avec cette fontaine malheureusement tarie aujourd’hui (ne glosons pas sur le manque d’entretien des monuments publics) ou par le parc, au détour d’un buisson, comme une surprise pour le promeneur, le passage est une réussite. Les mots gravés dans la pierre bleue semblent éternels, comme l’est son écriture toute entière.

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